SYLVIE SARDA, autobienveillance

 

La bienveillance a le vent en poupe actuellement, bienveillance envers les enfants, communication non violente, etc… Et si nous retournions cette bienveillance vers nous-même ? Veiller amicalement sur nous… Hum… un peu plus difficile…

  

Sylvie Sarda a balisé le terrain dans son livre « L’autobienveillance, de la connexion à soi à la compassion pour soi » basé sur les recherches récentes des sciences cognitives et son expérience de coach. Elle nous propose des clés pour parvenir à un véritable bien-être émotionnel.

Quels sont les principes de l’autobienveillance ?

 

Sylvie Sarda : Le principe même de l’autobienveillance et de cultiver avec soi-même, la même qualité de relation que nous sommes prêts à offrir à un ami très cher. Si cet ami est heureux, nous ferons écho à cette joie pour amplifier les effets, nous rirons avec lui, serons heureux de son bonheur, le féliciterons… Si cet ami traverse une période difficile, ou est en proie au doute, au découragement, nous nous rapprocherons de lui avec douceur et empathie, nous lui prodiguerons des paroles aidantes, ou nous tiendrons simplement à côté de lui, sans bavardage inutile, s’il ne souhaite pas parler… Nous savons intuitivement que cette qualité d’accueil et de relation pourra être déterminante pour notre ami dans sa confiance en lui, sa capacité à se relever d’une épreuve… Et envisager ensuite sa situation avec clarté, trouver des solutions…

Or ce que nous sommes capables de faire pour autrui, nous avons souvent beaucoup de difficultés à le pratiquer pour nous-même. Pourtant, la qualité de la relation que nous entretenons avec nous-même est aujourd’hui reconnue comme essentielle. Des approches telles que la pleine conscience, l’auto compassion sont des voies  majeures dans notre capacité de nous porter mieux, à gérer nos difficultés,  à mieux nous adapter à nos vies et au changement. J’ai intégré ces deux approches dans l’autobienveillance.

 

 En accordant une attention bienveillante à notre monde interne, en accueillant nos émotions, nos pensées et nos ressentis, en particulier lorsque nous vivons une situation à enjeu,  nous accédons à une connaissance plus profonde de nous-même, hors de tout jugement de valeur. Cet accueil et cette connaissance s'effectuent par étapes.

 

En renforçant notre sentiment de sécurité intérieure, nous pouvons nous détendre et entretenir une nouvelle relation à nos émotions, à nos pensées.  Nous pouvons alors accéder à nos besoins authentiques, nos ressources profondes, avancer vers notre authenticité.

 

A partir de cette connexion renouvelée à nous même, nous pouvons générer une connexion différente aux autres, à notre environnement. Nous pouvons faire l'apprentissage de nouveaux comportements, d’autres façons de réagir aux événements.  Nous pourrons alors faire vivre l'auto bienveillance par la pratique au quotidien de la présence à nous même. C'est un chemin qui conduit à l'autonomie.

Quelles sont les stratégies inefficaces vis-à-vis de nous-même ?

 

 Sylvie Sarda : Nous sommes un système et notre corps, nos ressentis, nos émotions nous donnent des pistes pour régler nos difficultés quelle qu’elles soient (une résolution de problème, une relation difficile, un état de mal-être…). Je préfère considérer ces difficultés comme des situations d’apprentissage.

 

Confrontés à une situation difficile, nous nous rabattons en général sur des stratégies inefficaces parce que ce sont celles que nous avons apprises. Il y a par exemple toutes les injonctions que l’on se donne,  les  « il faut », « je dois », « allez bouges–toi !», les comparaisons nocives telles que « les autres y arrivent, pourquoi pas toi !» qui ne vont pas être efficaces du tout. Il s’agit de pensées automatiques critiques qui vont au contraire nous faire sentir misérable et nous séparer des autres. Dans ce cas, c’est un des aspects de l’autobienveillance qui est aidant : le « tout compassion ». C’est différent de l’apitoiement sur soi-même, de la victimisation, c’est accepter que l’on ne soit pas bien, que l’on puisse rencontrer la tristesse, l’isolement. Dans ces moments, c’est en en pratiquant l’auto compassion  et l’accueil de soi que nous pouvons nous sentir relié à la communauté humaine parce que tous les êtres rencontrent ces états-là.

 

Ne pas s’occuper de soi, ne pas faire confiance en sa capacité à modifier ses état internes, chercher sans cesse des solutions à l’extérieur de soi sont encore d’autres stratégies inefficaces.

Quelle différence entre contempler son égo et être dans la compassion par rapport à soi ?

 

Sylvie Sarda : L’attention consciente, s’observer avec bienveillance, ce n’est pas être complaisant avec soi-même. Le regard que l’on porte sur soi est certes affectueux mais on se regarde avec humour, ce qui ne va pas dans le sens de l’égo. On mène une démarche sérieuse, sans se prendre au sérieux.

 

Lorsque les personnes reconnaissent leur besoin, c’est toujours un aveu de vulnérabilité, et là, ce n’est pas l’égo ! Après il va falloir bien sûr trouver le moyen de répondre à ce besoin, mais il y aura d’abord un ressenti de détente interne. Il faut l’avoir expérimenté pour le comprendre.

Pyramide de Maslow
Pyramide de Maslow

Comment fait-on la différence entre ses besoins authentiques et de simples désirs ?

 

Sylvie Sarda : Les besoins selon Maslow sont naturels et demandent à être satisfaits qu’ils soient psychologiques ou physiologiques. Quand nous satisfaisons un besoin nous allons ressentir un soulagement et nous allons pouvoir passer à autre chose, alors que le désir va revenir en permanence. Il va y avoir un fond de non-satisfaction.

 

Nous pouvons aussi nous poser cette question « Est-ce que quelqu’un d’autre dans un autre pays et d’une culture différente pourrait, dans une situation similaire, éprouver ce même besoin de reconnaissance,  d’écoute, d’attention ? ». Les besoins sont communs à tous les humains, ils sont fondamentaux alors que les désirs vont être diversifiés selon les cultures. Les désirs créent de l’attachement à un objet ou à une personne alors qu’un besoin satisfait va rendre autonome.

Imaginons une situation difficile « recevoir une critique ». Comment fait-on pour la décoder ?

 

Sylvie Sarda : La critique est quelque chose qui vient nous toucher tous, pour de nombreuses raisons. Or, si nous regardons objectivement, la critique n’est pas quelque chose de dangereux pour notre survie. Pourtant nous réagissons de manière automatique, presque comme si nous allions « en mourir ». C’est sans doute parce que nous avons reçu beaucoup de critiques que nous sommes extrêmement fragiles au niveau de notre identité. Pour décoder nous allons d’abord observer comment nous réagissons, quels sont les comportements défensifs qui nous empêchent d’avancer.

 

Habituellement, après coup, nous revoyons la situation et nous nous disons « J’aurais dû dire ceci, ou cela… » Puis nous allons avoir des pensées sur l’autre « Pourquoi il me parle comme ça », etc… Toutes ces pensées ne sont pas efficaces.

 

Si nous sommes autobienveillant, sur le moment même et de manière systématique, nous allons nous rapprocher de ce que nous ressentons dans notre corps. Il va falloir ensuite que nous nous posions un peu pour retrouver la ou les pensées que nous nourrissons et qui nous ont amenées à réagir comme cela. Nous allons être souvent dans le jugement. Il faut bien comprendre que le jugement de soi et des autres ne va pas nous permettre d’avancer.

Nous avons appris à nous mettre en relation avec les autres, le monde, l’expérience, et nous-même, à travers le prisme de nos jugements et évaluations. Même s’il est nécessaire de pouvoir évaluer les choses, tous ces jugements (c’est bien c’est mal, c’est normal, pas normal, c’est juste c’est faux, c’est ma faute c’est sa faute…) nous emprisonnent, nous empêchant d’être libres et créatifs.

 

En situation difficile, nous allons nous retrouver sur ces «  autoroutes de l’information » déjà pratiquées et non efficaces. En fait nous fonctionnons avec notre mémoire, à partir de toutes ces informations que nous avons enregistrées et pour ainsi dire, gravées dans le marbre, lors de situations qui se déroulent au présent, qui demandent notre présence éveillée.  Nous perdons de ce fait, la liberté du choix de nos réponses. Et par voie de conséquence, une partie importante de nos ressources.

 

Il sera beaucoup plus profitable pour nous de nous  intéresser à ce que nous ressentons dans cette situation, qu’est ce qui fait que cette situation vient nous toucher ? Ce ne sera pas obligatoirement des remontées sur notre enfance mais plutôt ce que je vis dans le présent : « Quel est ce grand besoin qui est touché ? Quelle est cette émotion que je ressens ? »  A partir de cet état des lieux, établi à partir de mon expérience sensorielle et émotionnelle, et non de mes pensées automatiques,  je serais plus à même d’agir justement –plutôt que de réagir.

 

En communication non violente, il est proposé de revenir vers la personne après une critique, si je juge que c’est nécessaire, pour lui dire par exemple « Quand il se passe telle et telle chose voilà l’émotion que je ressens parce que j’ai besoin de (respect, etc)… ». On a observé que cela réduit considérablement les défenses de l’autre parce que, si l’autre nous agresse, c’est aussi pour se défendre.

 

Qu’est-ce qu'on fait d'une pensée comme « c’est comme mon père, il m’a toujours dit ça… », etc. ?

 

Sylvie Sarda : Le premier enjeu est de considérer nos pensées comme des événements mentaux et non pas comme la vérité. Quand cette pensée prend la forme de « comme mon père qui m’a toujours humilié », je vais observer ce que ça provoque dans mon corps et quelles autres pensées ça éveille. Mes pensées ne sont pas la vérité c’est mon angle de vue sur ce qui se passe. Il y a une formule très simple pour se distancier de ses pensées : « j’ai la pensée que je me dis que c’est comme me disait mon père ». Je n’en fais plus une « vérité vraie.

L'autobienveillance, de la connexion à soi à la compassion pour soi - Sylvie Sarda, Editions le Chariot d'or
L'autobienveillance, de la connexion à soi à la compassion pour soi - Sylvie Sarda, Editions le Chariot d'or

C’est un processus qui demande du temps pour être mis en place ?

 

Sylvie Sarda : Disons que cela nous demande un peu d’entraînement. Nous n’avons pas été habitués à cette qualité de présence à soi. De plus nous vivons actuellement une accélération, nous avons besoin d’accéder à un autre niveau de conscience et de temporalité : celui de notre corps et ses sensations dans le temps présent. C’est ce que j’appelle « le temps long ». Le temps long, c’est en fait le moment présent. Nous nous aidons de techniques très accessibles, qui demandent simplement un changement dans la manière dont nous portons notre attention sur nous-même et sur les événements.

 

L’autobienveillance peut transformer notre relation avec nous même en subtilité et en finesse et par là avec les autres dans l’acceptation de ce que nos vies ont de difficile et dans l’acceptation d’autrui. C’est à la portée de tous. C’était vraiment le souhait que j’avais en écrivant ce livre : faire connaître des voies de mieux-être dans notre vie présente simples et accessibles, adaptables à chacun.

 

On peut introduire l’autobienveillance dans nos vies par petites touches, s’amuser avec. Certaines personnes auront plus de facilités que d’autres mais tout le monde peut le faire. C’est un chemin de connaissance de soi et de l’autre, qui aide à s’intégrer justement dans un tissu social, à y prendre sa place. 

Propos recueillis par Florence

Sylvie Sarda est coach. Elle travaille à Paris et également dans le Vaucluse où elle réside. Elle est également coach en entreprise et praticienne TIPI.

Elle propose des séances individuelles, des ateliers et des stages tournés vers l’autobienveillance.

Séances possibles par Skype

Vous trouverez sur son site les renseignements concernant les possibilités de stages, ateliers et coachings.

http://autobienveillance.fr/

sarda.sylvie@orange.fr

 

Son livre : « Autobienveillance, de la connexion à soi à la compassion pour soi », Editions Le Chariot d’or

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