CRISTINA CUOMO, mouvements archétypaux

Le Docteur Temple Fay, un neurochirurgien américain, s’occupait d’enfants lésés cérébralement dans les années 50. Il était très observateur et passionné. Il a fait le tour du monde, caméra à la main, pour observer les mouvements spontanés des bébés. Il s’est rendu compte qu’ils faisaient tous les mêmes mouvements et qu’après les avoir fait ils pouvaient s’approprier la posture bipède et la marche.

 

Cristina Cuomo a repris ces travaux et propose un enchaînement rythmé et hiérarchisé de ces  douze mouvements archétypaux pour réécrire l’histoire de notre corps en permettant à tous nos potentiels de s’exprimer.

Cristina Cuomo : La marche humaine est particulière parce qu’elle demande à croiser les deux ceintures, celle du bassin et celle des épaules. C’est un travail énorme au niveau de l’organisation motrice et des schémas neurologiques Ces mouvements vont mettre en place l’interaction des articulations des jambes et des bras, la synchronisation entre le haut et le bas du corps et la tension des fascias, les chaînes musculaires qui nous permettent de se mouvoir et d’assurer notre verticalité.

 

Les mouvements archétypaux sont donc une sorte de gymnastique biologique qui fait partie de la mémoire génétique de l’humain. Ce sont eux qui vont solliciter l’organisation du système nerveux central et permettre à terme les mouvements volontaires et la marche.

 

Le Docteur Temple Fay a découvert la puissance de ces mouvements initiaux et il a essayé d’imposer ces mouvements aux enfants dont il s’occupait qui étaient pour la plupart en chaise roulante : une personne pour chaque bras et chaque jambe, une pour la tête. Il a noté qu’après avoir répété de nombreuses fois ces mouvements, le cerveau en enregistrait  la stimulation et il y avait  des réponses motrices chez ces enfants.

 

Il n’a rien écrit mais transmis par voie orale ces mouvements à des orthophonistes, des ostéopathes, des kinésithérapeutes pour qu’ils puissent être utilisés en rééducation, notamment pour les enfants ayant des difficultés d’apprentissage.

 Des enfants dyslexiques par exemple ?

Cristina Cuomo : En effet, ces mouvements donnent aussi des résultats avec les enfants qui ont des problèmes d’apprentissage comme la dyspraxie, la dyslexie, etc… En leur faisant récapituler ces mouvements archétypaux, beaucoup de  difficultés d’apprentissage disparaissent.

 

Cela me fait penser à la Brain gym…

Cristina Cuomo : Il y a plusieurs recherches dans ce sens. Il y a aussi la méthode Feldenkraïs. Feldenkraïs était un ingénieur russe ; il avait mis au point une méthode qui avait pour but d’améliorer la coordination du geste et parfois il faisait marche ses élèves à « quatre pattes » pour la développer. 

Pour ma part, j’ai travaillé avec beaucoup de chercheurs sur l’information contenue dans ces mouvements, je les enchaîne de façon rythmique, suivant la hiérarchie qui les relie. Une personne qui ne va travailler que le mouvement à quatre pattes n’aura pas toutes les informations précédentes, nécessaire à l’apparition de cette étape motrice.

 

Quels sont les 5 premiers mouvements ?

Cristina Cuomo : Les 5 mouvements archétypaux initiaux sont ceux que font les bébés sans se déplacer dans l’espace comme par exemple attraper le gros orteil dans la bouche, ouvrir le thorax quand ils sont sur le ventre ou encore ouvrir le bassin lorsqu’ils sont sur le dos  S’il manque une étape, l’information n’est pas complète et le recodage des schémas moteurs  ne s’enclenchera pas.

Ces mouvements traitent-ils d’autres pathologies ?

Cristina Cuomo : Les mouvements archétypaux sont  très bénéfiques pour le système nerveux central. On peut aussi les utiliser par exemple lorsqu’on a un genou fragile,  ou que l’on se tord régulièrement une cheville, que l’on a une faiblesse au niveau d’une épaule, une hanche douloureuse…

 

On peut pratiquer ces mouvements dès le premier signal de faiblesse ou lors d’une rééducation pour redynamiser les mémoires évolutives du corps, le restaurer dans toute son intégrité. Le corps est un système complexe, on ne peut rien séparer : la hanche est en relation avec le genou, l’épaule. Le but est de lui redonner ses interactions fluides.

 

Il y a aussi des danseurs qui assistent à mes stages pour obtenir plus de souplesse articulaire,  des ostéopathes qui veulent répondre au mieux aux problèmes de leur client. Egalement des personnes avec des problèmes d’apprentissage ou des maladroits qui n’ont pas toute la coordination. Les mouvements archétypaux travaillent à différents niveaux. Tout le monde passe par ce même « rodage » articulaire et musculaire, donc le corps s’en souvient bien !

Vous travaillez également avec l’Association Human Voice, les mouvements archétypaux ont-ils un impact sur la voix ?

Cristina Cuomo : J’ai aussi dans ma clientèle des chanteurs, des acteurs, des journalistes radio, des enseignants. Avec ces mouvements archétypaux, la voix se place naturellement, elle n’a plus besoin d’être chauffée. Lorsque le corps est stimulé avec de bonnes informations, il est capable de tout faire.

 

La physique quantique nous apprend que tout est information et qu’elle est instantanée, nos cellules captent immédiatement les vibrations et les fréquences. Pendant sa croissance le bébé fait ces mouvements archétypaux et il prononce en même temps des sons (aoo, bou, euhh, pa) et cela produit des vibrations qui vont « sculpter » de l’intérieur ses chaines musculaires. De plus, un bébé entend la voix de ses parents et de ses proches, il est soumis aux nombreux stimuli de l’environnement, essentiels pour son évolution.

 

Dans un milieu familial où on ne parle pas beaucoup il aura sans doute moins de facilités, son langage sera plus limité et son écoute moins développée. Les dernières découvertes de l’épigénétique montrent qu’un gène sans stimuli n’est rien, car pour s‘activer il a besoin des informations de l’environnement.

 

Vos recherches débouchent également sur le langage ?

Cristina Cuomo : Oui, je travaille aussi sur la relation entre l’éveil sensoriel et le langage. Parler c’est aussi un « geste » qui s’organise autour d’un axe : tous les petits muscles qui se trouvent autour du larynx,  en équipe avec la langue, permettent de coordonner le « geste vocal » pour prononcer des mots.

 

Lorsqu’un bébé place son gros orteil dans la bouche cela va activer également la chaîne linguale, le gout, en relation avec l’estomac, le pancréas mais aussi l’utérus chez la femme, la prostate chez l’homme.  Dans le corps les interactions sont multiples et se produisent, en temps réel, à différents niveaux.

Refaire consciemment ces mouvements archétypaux, c’est revisiter sa petite enfance, cela peut-il provoquer des répercussions psychologiques ?

Christina Cuomo : En effet, il y a des mémoires qui se réactivent. J’ai animé dernièrement un groupe en Italie. Parmi les stagiaires se trouvait une jeune femme. Au bout de peu de temps elle s’arrête de faire le premier mouvement : elle ne se sentait pas bien du tout, il fallait absolument qu’elle mange quelque chose.

 

Le soir elle va voir sa mère et lui pose des questions sur sa façon de l’alimenter quand elle était bébé. Il se trouve que sa mère l’avait confiée à une nourrice qui n’avait pas assez de lait et elle ne s’en était pas aperçue tout de suite. Ces mouvements lui ont remémoré cette faim qu’elle avait eue à cette époque.  C’est comme si le corps se situait dans un autre espace-temps, il a fait ressortir toutes ces émotions, ces sensations qui avaient limité l’épanouissement de son corps. Cela montre que à travers ces mouvements on peut prendre conscience de certains événements qui ont marqué notre histoire, on peut « remettre à jour » des informations capitales pour notre architecture,  éveiller les potentiels qui ne se sont  pas exprimés jusqu’à présent. 

 

A partir de là cette jeune femme a eu une autre relation à la nourriture ?

Cristina Cuomo : Oui, en plus elle était allergique au lactose, elle n’avait jamais ressenti le plaisir d’être bien nourrie, rassasié. Lorsque je l’ai revue quelques mois après, je ne l’ai presque pas reconnue ! Elle était devenue une autre femme, épanouie et plus « verticale ».

 

Chacun peut travailler au niveau symbolique sur sa propre histoire. Je me rappelle aussi de cette autre femme qui n’arrivait pas à coordonner les mouvements des bras et des jambes. Elle s’est mise à pleurer, elle était submergée par des sensations de solitude, de tristesse. Elle avait été une enfant unique.  Mais ça serait trop long de vous raconter les coulisses de son histoire.

Quels sont les autres facteurs qui influent sur la marche ?

Cristina Cuomo : Il y a le « mimétisme familial » : on a tous l’instinct  d’imiter les attitudes de maman ou papa. Ces mouvements archétypaux sont très chargés de mémoires qui se sont inscrites par voie trans-générationnelle. Or, il est fondamental que ces mouvements nous appartiennent, qu’ils soient exclusivement les nôtres, c’est à dire conduits par notre personnalité unique. Pas un héritage de nos parents ou grand parents. Il faut donc les adopter pour ensuite les projeter à sa manière. C’est un travail plein d’embuches, mais très enrichissant !

Vous donnez des cours ou des stages ?

Cristina Cuomo : Je propose des stages en week-end pendant lesquels je montre l’enchainement rythmique des 5 premiers mouvements. Ce sont les plus codants, c’est l’alphabet à partir desquels tous les mouvements plus complexes peuvent être composés. Je révèle  à chacun ses limites, pourquoi il/elle a des difficultés avec certains mouvements, quels sont les enjeux et quel impact aura ce travail dans sa façon de marcher.

 

Chacun travaillera ces mouvements chez soi à son rythme, puis nous nous retrouvons lors d’un deuxième WE où l’on fait un bilan de l’intégration de ces mouvements, comment ils sont gérés, quelles sont les limites qu’on a pu dépasser. Une fois que les 5 premiers mouvements sont bien intégrés on pratiquera ensemble les 7 autres qui correspondent aux étapes d’apprentissage du déplacement dans l’espace : rouler, ramper, marcher à 4 pattes, soulever les genoux, se tenir accroupi, marche homo-latérale et marche contro-latérale.

 

Nous abordons aussi l’aspect sexué de la marche  à partir du deuxième mouvement archétypal, qui correspond à l’ouverture du bassin. On y retrouve tout le vécu de la sexualité. Le bassin est le moteur de la marche, il va donner une impulsion complètement différente selon sa forme. La façon de marcher d’un homme n’est pas celle d’une femme parce que leur bassin est structuralement différent. Par ailleurs, la femme marche davantage avec son bassin, l’homme projette plus ses épaules. J’aide les personnes à renforcer l’intégrité de leur corps sexué en accord avec leur identité. Je propose aussi  une analyse des  mouvements de la marche, pour apprendre à marcher avec tous son corps, de la tête aux pieds, et non pas avec seulement ses jambes ou son bassin.

 

La marche n’est pas un automatisme, elle raconte toute l’histoire d’une personne, son état d’âme, ses émotions du moment...bref il s’agit d’un langage que chacun décline avec sa sensibilité et grâce à la qualité du « rodage » de sa structure ostéomusculaire. À tout âge on peut éveiller le potentiel resté inexprimé et surtout établir une relation plus authentique avec son corps.

Propos recueillis par Florence 

Cristina Cuomo donne des stages en France, en Belgique, en Suisse, en Italie et au Canada.

Elle est l’auteur des livres : « La marche, un mouvement vital » et de « La marche et ses bienfaits », Editions Dauphin et co-auteure de « Architecture corporelle et Psychomotricité » aux Éditions Human-Voices.

 

http://apprentissage-marche.com

info@apprentissage-marche.com

 

Ses prochains stages en 2017 sont annoncés à : MARSEILLE, les 25 et 26 novembre  / PARIS, les 2 et 3 décembre.

Les dates des stages de 2018 seront annoncées à la rentrée sur son site

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Commentaires : 3
  • #1

    Suzy Blondel (mercredi, 07 juin 2017 16:57)

    Pour ma pratique professionnelle en tant que Graphotherapeute qui travaille à la rééducation de l'écriture avec des enfants dys je trouve cette approche très intéressante. Très bon article! Merci Florence !
    Cela me donne envie de compléter ma formation avec ce type de stage pour l'utiliser auprès des jeunes dont je m'occupe !

  • #2

    maria claudia murinni (vendredi, 01 septembre 2017 20:27)

    coucou cristina, sono claudia, anno 87, arrivai al "dojo" di roma con mio figlio inti, dove vivevi ancora, ricordi? non che avessimo chissà che rapporti personali, ma quando ho visto la tua foto, dopo aver letto le tue appassionanti proposte, ti ho riconosciuta, e mi ha fatto piacere. L'ho detto a Oriana, la sposa di Roberto Giorgini, se non ricordo male eravate un pò amici no?, a lui di certo farà piacere... ti faccio i miei sinceri complimenti per il tuo operato, ti mando un abbraccio, ciao, Claudia

  • #3

    Sabine Burg (jeudi, 19 octobre 2017 08:24)

    Bonjour.
    Je désire des renseignements sur le lieu de vos formations prochaines à Paris et le coût.
    Merci.
    S Burg