GENEVIEVE SAINT HUBERT : (re)prendre sa place dans l'arbre généalogique

Passionnée par la généalogie et la psychogénéalogie, Geneviève Saint-Hubert a ouvert une librairie qui y était consacrée et prépare un diplôme universitaire de généalogie familiale.

 

A la demande de ses clients, elle a élaboré des ateliers qui  ne sont pas directement thérapeutiques, pour aider les gens à donner un sens à leur histoire familiale afin de pouvoir s’y reconnecter et y (re)prendre leur place

 

Geneviève Saint Hubert : Ma méthode est une passerelle entre la généalogie traditionnelle et la psycho-généalogie. Il ne s’agit pas de faire des recherches pour remonter ses lignées jusqu’à Louis XIV mais d’approfondir et de mieux comprendre sa propre histoire, de faire une (re)mise en ordre généalogique.

 

J’aide les gens à mettre de la conscience sur leur histoire familiale et sur leur histoire individuelle, à la décrypter pour pouvoir s’y reconnecter. Je n’interprète pas, je donne à voir.

 

J’ancre toujours les personnes à ce qui est concret, vérifiable, mesurable comme des actes, des noms, des lieux, des photos. Le fait d’aller voir la preuve par l’acte ou par l’écrit met souvent fin à des légendes familiales.

 

Nous ne travaillons pas au niveau psychique, bien que cela soulève bien des choses mais je ne suis pas psycho-généalogiste. J’ai cependant travaillé pour moi avec des psycho-généalogistes et testé plusieurs outils de développement sur le thème du transgénérationnel pendant près de 15 ans.

 

Je propose un cycle de quatre ateliers qui peuvent être une préparation au travail thérapeutique ou son complément. Les séances individuelles sont possibles également mais le groupe amène toujours une grande richesse, on n’est jamais dans un atelier par hasard.

 

Les ateliers sont espacés de 15 jours parce qu’il se passe toujours beaucoup de choses entre temps : un coup de fils révélateur, une lettre ou photo retrouvée, une rencontre inattendue qui vont faire sens.

A partir de quelle époque trouve-t-on des arbres généalogiques ?

 

Geneviève Saint Hubert : Il y a très longtemps on ne trouvait que des généalogies de rois, de Saints ou de familles nobles puis cela s’est étendu à toutes les familles, même très pauvres.

 

L’église, qui voulait éviter la consanguinité, contrôlait ces arbres avant le mariage. Les futurs couples devaient prouver qu’ils n’étaient pas parents jusqu’à la septième génération, puis plus tard, cela n’a été exigé  que jusqu’à la quatrième.

Comment débute ce travail en généalogie ?

 

Geneviève Saint Hubert : Je commence par mettre les personnes face à la représentation  psychique qu’elles ont de leur histoire familiale. Ce travail s’arrête  aux arrières grands-parents,  comme en psychogénéalogie. C’est une variante de ce qu’Anne Ancelin Schützenberger appelle le génosociogramme.

 

Même si dans mes ateliers on ne les recherche pas systématiquement,  c’est dans cet espace que l’on trouve les nœuds principaux. Il est possible d’y voir ce qui se répète et, si cela remonte jusqu’à la personne, c’est que ce n’est pas réglé.

On trouve des cadavres dans les placards ?

Geneviève Saint Hubert : En effet… Lorsqu’il y a un mystère, une disparition, un secret de famille, cela crée des blocages d’énergie inconscients qui entravent l’action.

 

En ce moment par exemple, nous fêtons le centenaire de la première guerre mondiale. Nous retrouvons des ancêtres décédés mais qui n’ont pas été enterrés et  dont les deuils n’ont pas été faits…

 

Un grand-père qui était un enfant trouvé – donc un bâtard – est une honte qui plombe toutes les générations descendantes même si elles n’en sont pas conscientes… Une histoire douloureuse cachée amène des dysfonctionnements multiples et des rebondissements infinis.

Certaines personnes vont très bien connaître une branche mais auront peu d’informations sur l’autre. Qu’est-ce que cela révèle ?

 

Geneviève Saint Hubert : Il y a dans ce cas une non-transmission de leur histoire familiale. Au cours de mes ateliers il y a des mises à jour et des dénouages, parfois extraordinaires et inespérés.

 

Une dame par exemple cherchait depuis quarante ans qui était son grand-père. Elle avait une photo de lui, elle savait qu’il était italien et qu’il avait abandonné sa grand-mère et son père. Avant le dernier atelier, elle retrouve toute l’histoire familiale, écrite par sa grand-mère, en ouvrant par hasard un tiroir chez sa mère. Elle est partie avec toute sa famille sur les traces de son grand-père en Italie, elle a retrouvé son village, sa maison. Cela a  été un grand soulagement, une libération. Elle en a même changé d’activité !

Vous travaillez aussi  autour de la place…

 

Geneviève Saint Hubert : Il s’agit de la place que l’on occupe dans l’arbre généalogique. Toutes les grossesses comptent, qu’elles soient  abouties ou pas, interrompues ou pas. Si c’est une fausse-couche, un avortement ou un enfant mort-né, ce n’est pas pareil.

 

Si une personne croit qu’elle est l’aînée mais qu’il y a eu une fausse couche avant, elle n’est plus l’aînée ! Il convient alors de se repositionner dans l’arbre. Mon expérience et cette pratique m’ont  convaincues que dans la vie, tout est une question de place. Si l’on est n’est pas à sa place dans son arbre, dans sa famille, on n’y est pas non plus dans la société, dans son travail…Le travail sur la place est à faire en priorité lorsqu’on se sent « décalé » dans sa vie.

Les dates de naissance ont elles un sens ?

 

Geneviève Saint Hubert : Nous  travaillons aussi sur un lieu de vie et sur les dates.  Il est très intéressant de voir avec qui on est en lien au niveau des dates.

 

Ma fille, par exemple, est née un 24 août. Il a fallu provoquer l’accouchement deux fois : elle ne voulait pas naître. On m’a alors proposé une césarienne et j’ai accouché naturellement à l’heure de la césarienne ! Cette date était le jour de l’anniversaire de mon grand-père maternel… On aurait dit que ma fille attendait ce jour.

 

Ma mère, qui aimait beaucoup son père, a fondu en larmes lorsqu’elle a appris la date de naissance de ma fille. Mais ce n’est pas tout : le 24 août c’est aussi la St Barthélémy. Comme par hasard, en travaillant sur mes lieux de vie je ne suis aperçue que la première maison que mes parents ont habitée après ma naissance se trouvait rue St Barthélémy….

Qu’est-ce qui se transmet de génération en génération ?

 

Geneviève Saint Hubert : Tout ce qui relève de l’inconscient se travaille chez un thérapeute. Dans mes ateliers, je m’intéresse uniquement  à ce qui a été transmis –ou non-transmis – consciemment.

 

Par exemple, ma mère était professeur de piano mais elle ne m’a pas transmis la musique. C’est donc une non-transmission consciente. Cela n’a donc pas un impact comparable avec  les non transmissions inconscientes d’une pratique, d’un comportement ou d’une histoire douloureuse ou « inavouable ».  Je ne regrette pas d’avoir délaissé ma carrière internationale de concertiste débutée à 5 ans, en revanche, j’ai  remarqué avec amusement que j’avais développé des aptitudes sur d’autres pianos (en cuisine) et claviers (l’écriture sur ordinateur)….

A la différence du thérapeute, je ne cherche pas ce qui va mal, je fais remarquer aux personnes ce qui leur a été transmis de positif, voire de magnifique. Pour cela je fais travailler les participants sur des photos  de famille que nous allons décrypter.

 

Les photos, c’est figé, ça fige donc quelque chose. Elles sont porteuses de beaucoup de sens au niveau de la transmission, elles permettent de se reconnecter à un épisode de l’histoire familiale et portent la marque de la transmission bloquée. Le choix de la photo met à jour ce qui est à revisiter.

 

Il y a des personnes qui n’ont aucune photo, cela peut résulter d’une migration, comme les Pieds noirs, ou bien les photos ont été détruites ou ne sont tout simplement pas transmises. Une participante était fille unique. Elle avait de gros problèmes de santé. Elle s’est rendue chez ses parents pour récupérer les  photos que je demandais pour l’atelier. Sa mère l’a accompagnée devant une armoire fermée à clef, l’a ouverte et en a sorti des albums dans lesquels elle a pu choisir. Puis, les albums ont été rangés, l’armoire refermée à clef et il lui a été demandé expressément de ramener les photos empruntées.  Il y avait là manifestement un problème au niveau de la transmission, qui a été mis à jour lors de l’atelier et après.

Que peut-on voir dans une photo ?

 

Geneviève Saint Hubert : Un décor, des personnes éclairées et d’autres qui ne le sont pas… qui est devant ?, qui est à l’arrière ?... l’expression des visages, la direction des regards. En général,  la personne décrit ce qu’elle a appris de sa famille, ce qu’elle souhaite et non pas ce qui est… j’ai appris à montrer ce qu’on ne voit pas.

 

Que fait-on des prises de conscience accumulées ?

 

Geneviève Saint Hubert : Lors du dernier atelier nous faisons la synthèse et je demande aux personnes ce qu’elles souhaitent faire, quelle(s) action(s)  elles veulent entreprendre suite  à ce qu’elles ont découvert, comme par exemple recontacter un partie de leur famille, retrouver une tombe… Deux d’entre elles se sont mises à écrire leur histoire familiale, d’autres changent d’activité, d’autres encore amènent des changements radicaux dans leur manière de vivre après avoir pris conscience de ce qui leur a été transmis. 

Propos recueillis par Florence

Geneviève Saint Hubert propose ses ateliers à Toulouse

 

http://aufil-delarbre.com/

Mail : gshtoulouse@orange.fr

 

Les prochains cycles en groupe  démarrent le 22 avril (cycle des samedis)et le 22 mai (cycle des lundis) . Possibilité de cycle individuel sur demande.

 

Bibliographie : Anne Ancelin Schutzenberger « Aïe mes aïeux ! », Christine Ulivucci « Ces photos qui nous parlent », Salomon Sellam « Le syndrome du gisant »

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