E. THOMAS / F. HERVAUD : le corps en chantant

Enfant, Emmanuelle Thomas a découvert sa voix en chantant dans les cœurs des églises orthodoxes russes.

 

Elève au conservatoire puis en musicologie, elle était à l’affut de tout ce qui pouvait la perfectionner jusqu’à sa rencontre avec Serge Wifard. Pendant 7 ans, en le regardant travailler, elle a appris que la voix n’était pas seulement un instrument esthétique mais pouvait être aussi un outil de transformation exceptionnel.

 

Au fil des années sa méthode s’est transformée, elle y a inclut un travail sur le corps qu’elle propose dans des stages avec Fred Hervaud.

Pourquoi faire travailler ensemble le chant et le corps ?

 

Emmanuelle Thomas : Ce que je propose avec « le corps en chantant » c’est plus qu’un travail sur la voix, je le situerais plutôt entre le yoga et l’ostéopathie. C’est en quelques sortes un travail de lutherie : Je regarde où le corps respire et où il ne respire pas. Où sont les zones de tension, comment la personne se maintient, où sont les résonances. La voix n’est pas le but du travail, c’est la conséquence.

 

Quand il y a des zones de tension c’est qu’une mémoire y a été inscrite. Je propose des postures particulières et assez inconfortables qui vont révéler ces zones. Avec le souffle et le son la tension va se relâcher et la respiration se modifier. En dénouant les tensions, on défait la mémoire. Lorsque la respiration change, la voix se transforme, obligatoirement.

Pourrait-on libérer par exemple une douleur de dos avec la voix ?

 

Fred Hervaud : C’est plus global et on n’y met pas le mental, c’est un travail énergétique. Le travail de voix avec la respiration, la méditation et les postures vont à la fois recentrer et faire entrer dans une démarche d’introspection. La vibration va libérer l’énergie qui va se remettre à circuler dans la fluidité.  Même si on ne va pas trouver la cause exacte du problème un certain nombre de maux disparaissent.

 

Quand on chante ou qu’on fait des arts martiaux on va aller puiser de l’énergie dans le hara. Quelqu’un qui n’est pas centré a du mal à le faire parce qu’il a des tensions un peu partout. Il va alors chercher son énergie à d’autres endroits mais pas au cœur de son réservoir. Le  principe actif de notre travail est de retourner à cet endroit, de retrouver cet axe de la colonne vertébrale du haut vers le bas pour ensuite faire rejaillir cette énergie du bas vers le haut. On se retrouve alors dans notre état naturel, à notre maximum de potentiel. Cela va donner plus de détente et de cohérence dans notre vie.

 

Chacun recherche cet équilibre, cette cohérence entre le corps et l’esprit. Le travail sur la voix que l’on propose amène justement à cela : à retrouver cet état qui devrait être naturel et simple.

Quel type de son utilisez-vous ? Des vocalises ?

 

Emmanuelle Thomas : On chante toujours la même vocalise mais contrairement aux cours de chant traditionnels on ne l’utilise pas pour réchauffer les cordes vocale ou acquérir des aigus, tout cela se mettra en place automatiquement.

 

Si une personne chante faux ou qu’elle a des trous dans son piano intérieur, ce n’est pas pour moi avec un entrainement uniquement vocal qu’on va résoudre le problème. C’est tout le corps qui est à prendre en compte. Je vais chercher à comprendre pourquoi le son ne sort pas, qu’est-ce qui se passe dans  « l’instrument », au-delà de l’appareil phonatoire. Ça peut être une tension au niveau du bassin, des épaules ou bien le diaphragme qui est tendu.

Est-ce si important d’avoir une belle voix ?

 

Emmanuelle Thomas : Il n’y a pas de belles voix et des voix laides. La voix c’est le baromètre de l’état de la personne. Elle est toujours juste par rapport à l’instrument. Si elle n’est pas juste, c’est que l’instrument est mal accordé. En lui redonnant son plein potentiel, sans critère esthétique, la voix va se révéler.

 

Une voix peut être belle et fausse ou complètement fausse et belle c’est une question de cohérence intérieure. Le résultat va au-delà et en-deçà de la voix.

 

Il y a des personnes qui n’aiment pas leur voix. Dans la voix on entend toute l’histoire de la personne, tout ce qui a été douloureux. Quand on écoute sa propre voix, tout cela nous est renvoyé. Il est plus facile de commencer à travailler à travers la voix chantée et, à mesure qu’on va rééquilibrer l’énergie dans le corps, la voix parlée va aussi se transformer.

Vous mettez une attention particulière au souffle, la respiration. Vous parlez même de souffle primordial…

 

Emmanuelle Thomas : Le souffle, le son, c’est ce qui va nous accompagner tout au long de notre vie. La première chose que l’on fait en arrivant au monde c’est crier et au moment de la mort on va expirer. Après il y aura le silence.  A chaque instant de notre historie, le souffle va être présent. Notre corps s’imprègne de notre histoire, le souffle la révèle.

 

Vous utilisez également la méditation pour préparer au travail de la voix ?

 

Emmanuelle Thomas : La méditation est une expérience physique de lâcher prise. Méditer c’est être dans l’instant présent et accepter ce qui est. Méditer avant de commencer permet de faire déjà une bonne partie du travail. Le chant deviendra alors une méditation active pour revenir à sa propre essence.

 

Vous dites que la voix permet de s’harmoniser aux autres et à la vie…

 

Emmanuelle Thomas : Il n’y a pas de différences entre l’harmonie intérieure et l’harmonie extérieure. En libérant les tensions du corps, on remet de l’harmonie en soi. L’harmonie extérieure n’est que le résultat de l’autre.

Tout cela va beaucoup plus loin que la voix elle-même...

 

Emmanuelle Thomas : Au-delà de la voix, de la guérison de notre histoire, c’est l’aspect spirituel qu’amène ce travail qui me semble le plus important.

 

La voix est quelque chose qui ne nous appartient pas. La voix c’est le souffle qui passe à travers notre instrument ; la vibration de ce souffle, c’est la voix. Tout le travail sur la voix sert à pouvoir restituer de la manière le plus authentique possible le souffle qui nous traverse.

 

Quand on chante, notre égo, notre histoire s’en mêle. Le travail que je propose c’est d’aller se dénuder, nettoyer notre instrument pour pouvoir restituer ce souffle de la manière la plus authentique. A un moment, on va aller au-delà et c’est là que ça devient extraordinaire : les gens ont l’impression que cette voix ne leur appartient pas, qu’ils sont juste traversés par cette énergie, cette  vibration qui à la fois n’est pas eux et pourtant qui est eux. C’est le Soi qui est là et qui passe à travers notre instrument. Ce sont des moments de grâce et d’éveil extraordinaires.

Propos recueillis par Florence

Emmanuelle Thomas et Fred Hervaud proposent leurs stages dans le sud-ouest

 

http://lecorpsenchantant.com/

voix@lecorpsenchantant.com

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