J-M GERBENNE, dialoguer avec son enfant intérieur

Nous avons tous vécu des expériences dites «traumatiques » ou des blessures qui étaient de l’ordre de l’inacceptable, de l’irrecevable.

 

Nous allons nous en protéger par des états réactifs. Or, l’expérience de tout humain sur terre est de venir « convertir » les refus en une expérience d’acceptation : Tant que nous n’aurons pas dit oui à cette expérience, nous serons toujours obligés de nous en protéger.  Jean-Marie GERBENNE nous explique comment passer de cette attitude de refus à l’acceptation.

Jean-Marie Gerbenne : C’est  Annick de SOUZENELLE, avec qui j’ai beaucoup travaillé, qui parle de cette conversion.  C’est un retournement intérieur, nous dit-elle, comme celui que va opérer l’enfant qui va venir au monde, ou plutôt venir à la lumière.

 

Dès que nous entrons dans le refus, nous sommes dans notre ombre et nous refusons de voir la lumière qu’il peut y avoir derrière.

 

Comment peut-on effectuer ce retournement et entrer dans l’acceptation ?

Jean-Marie Gerbenne : Le premier pas de l’acceptation est de reconnaître que « j’ai mal », reconnaître qu’à l’intérieur de moi il y a une partie blessée, une partie encore aujourd’hui souffrante. Chaque fois que je réagis (que je suis dans le refus) c’est que je cherche non seulement à me protéger de cette souffrance mais à me cacher à moi-même et à cacher au monde combien j’ai mal - non pas « tu m’as fait mal » mais « j’ai mal » = dire, exprimer sa souffrance. Dire sa souffrance, c’est exprimer une fragilité en nous.

 

On croit qu'exprimer sa souffrance est une preuve de faiblesse ?

Jean-Marie Gerbenne : Pour bon nombre de gens, exprimer une souffrance ou une fragilité est une preuve de faiblesse, se considérer ou être considéré comme une personne faible, qui n’assume pas ou incapable d’assumer.

 

Ce n’est pas avouer notre souffrance, mais la verbaliser car c’est une réalité, une sincérité, une honnêteté avec soi. Mais c’est beaucoup plus profond que cela. Face au vécu traumatique, l’impuissance est la première sensation que nous avons ressentie.

 

Devenu adulte, être confronté ou se confronter à sa propre impuissance est intolérable.

 

Un coach que j’aime beaucoup disait « le contraire de la vérité, c’est la honte ». On a honte de dire la vérité. Il y a une part à l’intérieur de nous qui a honte de dire « j’ai mal ».  La honte nous fait cacher la vérité.

Quel est le deuxième pas ?

Jean-Marie Gerbenne : Le traumatisme a été vécu dans la solitude, dans l’isolement, personne ne nous a entendu, ne nous a même vu dans cette souffrance-là.

 

Lorsqu’une situation réactualise cette souffrance, c’est la possibilité de contacter et révéler notre vérité profonde. Mais nos croyances nous disent « De toutes façons tu ne seras pas cru, de quoi vas-tu avoir l’air, on va se moquer de toi, tu vas te ridiculiser » et notre vérité va rester cachée toute notre vie.

 

Le deuxième pas de l’acceptation c’est dire « oui » à cet enfant intérieur qui a mal et dont les parents n’ont pas su, n’ont pas vu, la souffrance qu’il vivait, « oui, il se passe ça à l’intérieur de moi ».

 

Après la crise d’adolescence, plus de nouvelles blessures, plus de nouveaux traumatismes. Nous ne vivons désormais que dans des scénarios à répétition. Vous pouvez observer ce qui vous agace ou ce que vous fuyez, ce n’est pas une personne ou une situation qui pose problème c’est la structure de son comportement ou de la situation.

 

L’autre n’a pas le pouvoir de nous faire souffrir, il n’est que le rappel, le révélateur, d’une structure déjà existante à l’intérieur de vous, la marque de la mémoire d’un vécu traumatique encore souffrant aujourd’hui. Refuser, réagir n’est qu’une protection.

 

J’ai aujourd’hui 59 ans et lorsque je réagis, ce n’est pas Jean-Marie de 59 ans qui souffre. Jean marie est un ancien chef d’entreprise, un thérapeute, un consultant, un conférencier, un formateur : il est capable de faire des tas de choses. Celui qui souffre, c’est l’enfant qui vient exprimer ce vécu traumatique 40 ans plus tard avec la même intensité, qui vient révéler sa souffrance à travers l’adulte que je suis.

 

Cet enfant, on l’a laissé sur un trottoir dans le même état, le même vécu émotionnel qu’au moment du traumatisme : si nos parents n’en ont pas fait cas, nous avons continué à nous construire sans faire cas, nous aussi, de cet enfant-là.

Comment peut-on être « un adulte capable d’assumer ça » si on a gardé une fragilité générée par la blessure ? Il y a des gens qui restent rivés à ce manque de confiance…

Jean-Marie Gerbenne :  Le fait que j’ai été chef d’entreprise ou que je sois thérapeute, conférencier n’a rien changé à l’expression de mon vécu traumatique. Quoi que l’on ait pu faire dans sa vie, ça ne change rien.

 

Moi, par exemple, je ne pouvais pas parler. Je faisais partie de ces gens qui connaissent par cœur leur exposé mais qui sont incapables de s’exprimer devant un examinateur. Adulte, j’ai fait une dépression à cause de cela et j’ai suivi une psychothérapie jusqu’à ce que je découvre ce que je savais mais que je ne pouvais pas me révéler à moi-même.

 

Ma mère me « vendait » à ses amis  en disant « mon fils est gentil : on ne l’entend pas ». Une fois devenu adulte « on ne l’entend pas » ça créé une sacrée souffrance ! Cette souffrance se réactivera à l’âge adulte chaque fois que je devais parler. Le bénéfice le plus important pour moi n’est pas d’avoir été chef d’entreprise mais d’avoir fait une dépression puis une psychothérapie. Sans cela je serai toujours dans la même problématique.

 

Si réellement je n’avais pas dû parler je serai né sourd muet, or je suis né doué de la parole. A un moment donné ma parole s’est arrêtée, j’ai décidé d’arrêter de parler. Se taire est une forme de réaction. En thérapie, il a bien fallu que j’aille rencontrer cet enfant au moment où il a dit « moi c’est fini je ne parle plus, chaque fois que je parle ça me fait trop mal », se taire était la meilleure solution.

 

La recherche fondamentale de l’enfant c’est de recevoir de l’amour. Il y a beaucoup de parents qui ne savent pas donner de l’amour, puisque eux-mêmes n’en n’ont pas reçu, ou pas de la façon qu’ils attendaient. A la place d’un amour véritable, nous avons recherché une forme d’affection ou espéré une tranquillité pour ne pas revivre d’état agressif de l’extérieur (nos parents) dans les gestes, les paroles, les regards….

 

Accepter c’est être d’accord ?

Jean-Marie Gerbenne : L’acceptation est une expérience intérieure. Accepter ne veut pas dire être d’accord.

 

Être d’accord est du registre du mental. L’acceptation se passe au niveau du cœur. C’est dire oui à un processus, une souffrance, à un enfant qui souffre et qui est présent à l’intérieur de nous et dont nous nous sommes éloignés (perdu le contact)

 

Pouvez-vous me donner un exemple de cet accompagnement de l’enfant intérieur ?

Jean-Marie Gerbenne : Je devais donner un stage à Tours au mois de juin. Par erreur, je suis arrivé avec 24 h d’avance. Le centre dans lequel je devais assurer la formation était fermé. J’étais là, seul dans une ville que je ne connaissais pas. Il était 18 h.

 

L’enfant à l’intérieur de moi commence à me dire « Jean-Marie, rentres chez toi ! Tu n’as rien à faire dans cette ville, tu ne connais personne ! Tu as 24 h à vivre avant la formation, que vas-tu faire dans cette ville, rien ! Rentre chez toi ». Il a fallu que je lui prenne la main et lui dise « Je t’entends, mais je suis fatigué. Je vais me reposer et on va se trouver une chambre d’hôtel confortable ». Je trouve donc un hôtel à 5 mn, il ne restait qu’une chambre familiale.

 

Une chambre familiale !

Jean-Marie Gerbenne : L’enfant continuait à s’inquiéter tout de même : « Je me sens en sécurité mais reste terré dans ta chambre jusqu’à ton rendez-vous demain soir. Tu n’as rien d’autre à faire ». Comme j’avais aperçu sur le trajet le château de Chenonceaux, je lui ai répondu « Non. Nous allons sortir demain, nous allons visiter ce château et tu vas voir, on va passer un bon moment ensemble !». Le matin « nous » avons visité le château et l’après-midi j’ai travaillé dans le parc magnifique. Comme tout s’était bien passé, l’enfant à l’intérieur était calmé.

 

Ce n’est que dans cette acceptation que, oui, il y a un enfant qui a encore très peur en moi, que j’ai pu de nouveau marquer une victoire : montrer à cet enfant combien l’adulte que je suis, peut assumer cela, même s’il vit à l’instant  même, dans un endroit complètement insécure pour l’enfant.

 

Ces pas, ces victoires seront à renouveler toute notre vie.

Il n’y a pas un moment ou l’enfant se dit "C’est bon ! Je suis en de bonnes mains, je peux lâcher mes peurs" ?

Jean-Marie Gerbenne :  Je suis convaincu que l’on ne peut pas effacer le disque dur, que la mémoire est toujours là. Mais, c’est peut-être une croyance de ma part. 

 

L’essentiel est que cette mémoire soit la plus tranquillisée possible. Ce n’est pas parce que nous avons vécu une victoire qu’elle est définitive. Cela me rappelle les paroles de Jésus au jardin des oliviers. Il réveille ses apôtres et leur dit « Veillez avec moi, soyez vigilants avec moi ». C’est ce que nous allons avoir à faire toute notre vie : être vigilant parce que l’endormissement est tout le temps possible, et la mémoire reprendra le dessus.

 

Plus nous serons éveillés, plus nous serons observateur, plus rapidement nous pourrons nous extraire de la souffrance et de la réactivité. Même si nous n’avons pas cette souplesse, nous pourrons toujours après coup faire marche arrière, aller par exemple rencontrer l’autre et lui verbaliser « ce n’est pas ça que je voulais dire,  je t’ai dit ça parce que voilà ce qui se passait  à l’intérieur de moi » et cela, en soi c’est déjà une nouvelle expérience d’acceptation. Ce n’est pas s’excuser c’est raconter à l’autre son vécu intérieur.

A-t-on une responsabilité dans ce qui nous arrive ?

Jean-Marie Gerbenne :  Nous ne sommes pas responsables de l’acte qui nous a généré la blessure, par contre nous sommes responsables de ce que nous en avons fait et de ce que nous en faisons  encore dans notre vie quotidienne.

 

Quel que soit de ce que nous attirons, c’est une réponse à quelque chose qui est à l’intérieur de nous et nous sommes responsables d’en prendre conscience. Tant que ce moment ne sera pas fait l’égo nous maintiendra dans le refus, la non-acceptation avec toutes les accusations qu’il y a derrière.

 

Par automatisme, l‘égo nous fait regarder ce qui est inacceptable, c’est-à-dire regarder l’extérieur. Les meurtriers, les violeurs, les pédophiles, tout ceci est inacceptable mais ce n’est pas à nous de l’accepter ou de le refuser, c’est le rôle des tribunaux sur le plan de l’humanité et de Dieu dans celui de la divinité. Nous avons à venir regarder à l’intérieur de nous. Tant que notre regard est porté sur l’extérieur, nous ne pourrons jamais être dans l’acceptation.

Quelle est la finalité de l’acceptation ?

Jean-Marie Gerbenne : La finalité de l’acceptation est de pouvoir dire merci, merci à la personne qui a réveillé un espace souffrant à l’intérieur de nous : « merci, tu m’aides à mieux prendre conscience de moi, de là ou j’en suis avec un état réactif suscité par la souffrance encore active à l’intérieure de moi, c'est-à-dire une souffrance non acceptée de moi. Tu viens dans ma vie comme un bâton, pas pour me battre, mais un bâton sur lequel je peux m’appuyer pour aimer toujours d’avantage, pour aimer cet enfant qui est à l’intérieur de moi ».

 

L’enfant à l’intérieur de nous ne demande que cela et il n’en sera jamais rassasié. Il est là pour nous apprendre toujours à nous aimer d’avantage.

Florence


Jean-Marie GERBENNE est thérapeute (méthode Ecoute Ton Corps), consultant, formateur et conférencier « Ecoute ton Corps » en France. (Prochains stages : du 25 mars au 12 avril à Paris (7 ateliers de 2 jours), les 3 et 4 juin 2017 à Bergerac, 17 et 18 juin 2017 à Metz, les 1 et 2 juillet à Mulhouse, les 14 et 15 octobre à Luxembourg ville ).

 

Il est également animateur/conférencier en Ennéagramme 

 

Jean-Marie GERBENNE a suivi la Psychanalyse Corporelle avec Jean-Luc KOPP – Méthode Bernard MONTAUD – I.F.P.C. Institut Français de Psychanalyse Corporelle - http://psychanalysecorporelle.net/

 

Jean-Marie GERBENNE – 06 30 07 47 24 - jmgerbenne@wanadoo.fr 

 

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Commentaires : 3
  • #1

    Suzy (mercredi, 08 février 2017 22:13)

    Très bel article et très touchant.
    Les exemples sont très intéressants et bien analysés.
    Tout à fait d'accord qu'il faut toujours rester vigilant !
    Pas de site internet?

  • #2

    Florence (jeudi, 09 février 2017 09:51)

    Jean-Marie Gerbenne n'a pas de site internet mais une page sur le site Ecoute ton corps - Paris : http://paris.ecoutetoncorps.fr/index.php?pages/Qui-suis-je

  • #3

    chabot sylvie (mercredi, 29 mars 2017 17:30)

    Merci pour ces explications claires qui résonnent en moi