STEPHANIE GENELOT, boîtes à partages

Tout a commencé en 2014 lorsque Stéphanie a entendu parler des « Boîtes d’échange entre voisins » de Suisse. Il s’agit de boîtes que l’on place sur la voie publique pour échanger gratuitement des objets. Elle a trouvé l’idée géniale et a contacté Dan et Sylvia du Happy City Lab, qui lui ont expliqué comment ils avaient fait et elle a adapté le concept à la France.

 

En 2014 elle a créé une première boite à partage à Lyon, en 2015 il y en avait 10, fin avril de cette année il y en a entre 50 et 55 sur Lyon et ses alentours. Elle a monté une association pour accompagner les porteurs de projets « Le Réseau des Boîtes à Partage ».

Faut-il créer une association pour créer une boite à partage ?

 

Stéphanie Genelot : La création d’une boîte à partage démarre toujours à partir de l’initiative d’habitants d’un quartier. Il n’est pas nécessaire de créer une association pour ça ! Il n’y a pas d’objet associatif. Ça doit rester une initiative de citoyens qui mènent une action dans leur quartier.

 

Quel est l’objet de votre association « Le Réseau des Boîtes à Partage » ?

 

Stéphanie Genelot : Notre association n’est pas là pour créer des boîtes mais pour accompagner les personnes qui veulent en faire une à leur tour. Ce sont soit des particuliers, soit parfois des structures de quartier comme des MJC, des centres sociaux, des écoles qui souhaitent se lancer avec la participation des habitants de leur quartier

 

Cette association a deux objectifs : renforcer l’accompagnement des personnes qui souhaitent se lancer et créer un réseau de ces boîtes parce qu’elles sont toutes issues d’initiatives individuelles et isolées et il est difficile de savoir où elles se trouvent.

 

Depuis trois ans je fais cela de manière citoyenne, c’est-à-dire sur mon temps libre. Au vu de l’ampleur du projet, il est devenu nécessaire d’y consacrer plus de temps. J’accompagne actuellement 75 projets qui sont en cours sur toute la France et même au-delà puisqu’il y a deux projets en Tunisie, trois en Belgique, un sur l’île de la Réunion et peut-être un projet aux Etats Unis.

Votre activité est bénévole ou payante ?

Stéphanie Genelot : Je suis présidente de l’association je fais ça de manière totalement bénévole. J’aimerai à termes que l’on puisse créer un emploi au sein de l’association pour pouvoir y consacrer plus de temps parce que ça le mérite vraiment. Si dans les années qui viennent je pouvais quitter la présidence de l’association et en devenir salariée, j’en serais ravie.

 

J’y consacre énormément de temps, il y a beaucoup de demandes, une dizaine de personnes par semaine m’écrivent pour me demander comment faire et j’en rencontre entre 3 et 5 par semaine pour des rendez-vous d’accompagnement. C’est très conséquent et ce n’est que la partie accompagnement parce qu’il faut aussi faire vivre le réseau, participer à des réunions, etc...

 

Pour les particuliers l’accompagnement est gratuit et flexible et si ce sont des structures professionnelles qui souhaitent être formées pour accompagner des habitants à le faire, nous avons mis en forme des ateliers sur des journées et des demi-journées à la demande.

Les boîtes se trouvent sur le domaine public. Faut-il demander une autorisation à la mairie ?

Stéphanie Genelot : Les boîtes peuvent être situées sur un emplacement privé (par exemple dans l’enceinte d’une école) mais si vous voulez les placer sur la voie publique, il faut absolument demander une autorisation à la mairie.

 

Toutes les boîtes qui ont été posées ont obtenues des autorisations sans le moindre problème. Il n’y a pas de résistance à ce type de projet, il y a parfois des questions mais il y a surtout beaucoup de confiance de la part des mairies qui donnent leur autorisation. Parfois, pour se rassurer, elles préfèrent donner une autorisation temporaire dans un premier temps. Dans tous les cas les autorisations ont été reconduites.

Y a-t-il une forme de boite recommandée ?

Stéphanie Genelot : Les boîtes ont des formes très diverses, vous pouvez créer ce que vous voulez ! Vous pouvez faire fabriquer une boite et dans ce cas c’est payant. Vous pourrez alors demander un financement auprès de votre mairie, ou votre conseil de quartier, vous pourrez lancer une campagne de financement participatif, tout peut être imaginé.

 

Vous pouvez aussi construire votre boite vous-même, entre voisins avec de la récup, ça ne coûte rien. Vous pouvez aussi détourner un objet du quotidien, un frigo, une cabine téléphonique, etc... Fabriquer la boite ne coûte rien, demander une autorisation ne coûte rien, il est donc possible de faire un projet 100% gratuit.

Ces boîtes créent du lien social ?

Stéphanie Genelot : Poser une boite dans la rue pour « poser une boite » ça ne marche pas. Si les personnes ne font pas  tout un travail autour, ça ne marche pas. A travers les boîtes c’est en effet du lien social qui se crée. Il y a de nombreuses choses à mettre en place, c’est pourquoi nous accompagnons les gens.

 

Il faut faire connaitre le projet, aller vers les gens, leur expliquer à quoi ça sert pour que chacun à son tour puisse comprendre comment ça fonctionne et devenir l’ambassadeur du projet. Il faut animer la boite, la faire vivre : si on n’explique pas aux gens ce que c’est, à quoi ça sert, elle peut être dégradée elle deviendra un objet urbain comme un autre. En revanche, quand les gens ont bien compris que la boite a été fabriquée par les habitants du quartier et surtout que c’est leur boite, ça se passe très bien.

 

Il faut que les habitants acceptent absolument de passer du temps auprès de la boite pour aller vers les autres. Ils vont discuter avec leur voisins, mettre des petites affiches dans leur quartier, organiser des fêtes, des inaugurations, ils deviennent acteurs de leur quartier.

 

Leur but n’est absolument pas de devenir les référents de la boite. L’existence de la boite ne peut pas reposer sur deux habitants qui vont s’en occuper, la nettoyer, etc… ça ne responsabilise pas les autres habitants du quartier. C’est l’inverse que nous essayons de créer, c’est-à-dire que chacun se sente à la fois concerné et responsable de la boite, que chacun puisse intervenir. La principale motivation pour créer une boite c’est d’avoir envie de faire quelque chose pour les autres.

Quelles sont les valeurs de l’association ?

Stéphanie Genelot : Nous accompagnons les habitants à créer leur Boîte à Partage selon certaines valeurs. Elles reposent sur trois mots : liberté, gratuité et inconditionnalité.

 

La liberté, c’est la liberté de chacun de prendre un objet ou d’en donner mais sans réciprocité, pas d’obligation de l’un pour l’autre. C’est aussi la liberté de venir à 14 H pour rencontrer ses voisins ou à 3 h du matin si on y vient par nécessité et que l’on n’a pas envie d’être vu. La liberté de s’occuper de la boite, ou pas, et surtout de ne pas contrôler ce qui s’y passe. Ce sont des espaces qui, à termes, doivent être autogérés.

 

La gratuité pour les objets qu’on y dépose, c’est évident, logique et ça marche très bien. Ça doit être aussi le cas pour toutes les autres choses qu’on peut y déposer. La boite est un vecteur de création de lien social : on peut y trouver des petits mots, des annonces pour des services, des événements dans le quartier, des besoins ou des dons d’objets plus encombrants. Tout cela doit être gratuit dans la mesure du possible. Par contre, on n’empêchera jamais un étudiant de mettre une annonce pour des cours de math payant parce que ça sert aussi à ce que les gens se rencontrent et on n’y voit donc pas d’inconvénient, tant que ça ne devient pas la règle générale.

 

L’inconditionnalité : les boîtes sont faites par tous et pour tous, les boîtes ne nous appartiennent pas en tant qu’association, elles n’appartiennent pas à la mairie qui les a autorisées, ni au centre social qui les aura financées, ni à ceux qui les ont créée. Elles appartiennent à tout le monde, y compris à celui qui passe devant pour la première fois. De la même manière elles ne sont pas faites pour une communauté. On dit parfois que nous faisons cela pour les gens dans le besoin, c’est faux. Nous faisons cela pour tout le monde, y compris pour les gens dans le besoin. Les boîtes sont faites par tous et pour tous.

Propos recueillis par Florence

Le réseau des boîtes à partages :

sur facebook : https://www.facebook.com/boitesapartage.fr/

site en construction : http://boitesapartage.fr/

contact@boitesapartage.fr

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Commentaires : 2
  • #1

    Furiae (lundi, 29 mai 2017 21:07)

    Bonsoir ! Merci beaucoup pour cet article, il m'a renseigné plus concrètement sur les "Boîtes à Partage". Je me demandais si cela aurait été "éthique" d'en placer une dans ma possible future librairie, mais je craignais que le fait que son accès dépende des horaires d'ouverture du commerce s'oppose aux principes même des "Boîtes à Partage". Attention : le paragraphe "Quel est l'objet ?" est répété deux fois ^^

  • #2

    Vincent BELOTTI (mercredi, 31 mai 2017 10:30)

    Journaliste à RCF, à Lyon, place St Irénée, je m'occupe d'une émission " les bonnes ondes" qui passe tous les jours de 12h30 à 13h; je souhaiterai inviter Stéphanie Genelot le jeudi 8 Juin pour être l'invité principal du jour.
    Merci de me répondre à vincent.belotti@rcf.fr ou au 04 72 38 62 15
    Bien cordialement.