MAGDALENA CAMARDIEL, communiquer avec bébé grâce aux signes

Communiquer avec bébé avant qu’il ne puisse parler ?, lui permettre d’exprimer ses besoins, ses envies ? Etablir très tôt un vrai dialogue et une complicité entre lui et les membres de la famille…

 

C’est possible avec la LSB, la Langue des Signes pour Bébés que propose de vous apprendre Magdalena Camardiel au cours de petits ateliers : 300 mots à signer, adaptés à toutes les situations de la vie de 0 à 2 ans environ.

Magdalena Camardiel : Le programme d’apprentissage de la Langue des Signes pour Bébés que j’ai conçu « A Deux Mains, plus tôt » utilise la langue des signes française avec un corpus de vocabulaire adapté aux tout petits. Un enfant apprend par ce qu’il voit et ce qu’il entend. Un enfant sourd dans une famille sourde voit ses parents échanger avec leurs mains, dès sa naissance. Comme un enfant entendant, il a tout de suite accès à un mode de communication et est capable de commencer à emmagasiner du vocabulaire. Un enfant entendant avec qui l’on signe va avoir accès à ce même mode de communication, qu’il pourra mobiliser bien avant de pouvoir faire usage de la parole.

 

Selon le rythme de chaque enfant on pourra voir apparaitre les premiers signes de bébé entre 6 et 8 mois, il sera alors progressivement capable d’exprimer ses besoins et de dire ce qui ne va pas au lieu de pleurer. C’est rassurant pour les parents et, pour le bébé, cela va renforcer la confiance en soi et celle avec laquelle il va aborder le monde : il sait qu’il peut de se faire comprendre.

 

On ne cherche pas à en faire un super-bébé c’est juste un outil qu’on lui apporte et qu’il va pouvoir utiliser plus tôt pour pouvoir échanger avec le monde. La langue des Signes pour Bébés permet de gagner un an sur une vraie communication avec lui.

L’enfant comprend ce qu’on lui dit dès la naissance ?

 

Magdalena Camardiel : Tant que les organes phonateurs de l’enfant ne sont pas en place, il ne peut pas parler, cela ne veut pas dire qu’il ne comprend pas, il comprend tout, au contraire, et très vite. Même intra utéro l’enfant comprend.

 

Des expériences ont été menées à ce sujet : on a fait écouter à des enfants des bandes audios dans des langues qu’ils avaient entendus alors qu’ils étaient dans le ventre de leur mère ainsi que des langues qu’ils n’avaient jamais entendues. Les enfants réagissaient aux premières mais pas aux autres. Dès avant sa naissance l’enfant commence à emmagasiner les structures syntaxique et lexicale mais il ne peut pas les mobiliser.

 

Un enfant entre 0 et 3 ans est  capable de mémoriser jusqu’à 5 langues en parallèle. Si on y ajoute la langue des signes, qui est une langue visuelle, ce n’est pas un problème.

 

Cela ne va pas retarder l’acquisition de la parole ?

 

Magdalena Camardiel : Au contraire ! Cela va l’aider à développer sa psycho-motricité et ses fonctions cognitives parce qu’il a une motivation forte : communiquer. Ce qui l’intéresse au plus haut point c’est d’interagir avec son environnement. Vers deux ans, quand ses organes phonateurs seront prêts, il parlera sans aucun souci. Ce n’est pas parce qu’il aura appris la LSB et qu’il aura pu s’exprimer avant par signes que cela va retarder l’acquisition du langage. C’est un système qui est assez répandu dans les pays anglo-saxons depuis des décennies et qui fonctionne très bien.

Faut-il signer sans parler ?

 

Magdalena Camardiel : On parle et on signe en même temps. Bébé va voir dans son environnement des personnes qui parlent sans signer, mais aussi il va se rendre compte que lorsqu’on s’adresse à lui on parle et on signe. Il n’est pas obligatoire de signer tout le temps,  il n’y a que 300 signes, il est évident que l’on peut dire beaucoup plus de choses par la parole que par les signes.

 

Ce que les signes lui apportent c’est un moyen pour exprimer ses émotions et ses besoins élémentaires au sujet de la faim, de la soif, de la propreté, de l’hygiène. Un enfant qui pleure quand il a mangé et bu c’est peut-être parce qu’il a mal aux dents et s’il sait comment dire « mal » et montrer ses dents, il sera rassuré.

 

Dans le programme de la Langue des Signes pour Bébés il y a aussi tout ce qui concerne les activités : lire un livre, écouter une histoire, de la musique, aller se promener, la nature, les fleurs, les arbres, les couleurs. On peut parler de la vie de tous les jours.

Comment s’y prendre pour commencer ?

 

Magdalena Camardiel : Au début on parle et on signe en même temps. Au bout de deux ou trois mois on va choisir des petits moments privilégiés comme  le bain ou le câlin avant de se coucher pendant lesquels on ne va que signer afin que l’enfant intègre bien que c’est un moyen de communication à part entière et qu’il n’est pas nécessaire de l’ajouter systématiquement à la parole.

 

Je préconise de se former pendant la grossesse et commencer à signer avec le bébé dès qu’il est là, dès qu’on est prêt, en fonction des modules que l’on maîtrise. Il n’y a pas d’urgence, on peut introduire progressivement les signes. Si l’enfant est déjà là, on peut se former avant ses 8 ou 9 mois.

 

Au début les signes ne seront pas forcément bien faits par bébé. La couche par exemple, c’est deux doigts au niveau de la hanche. Bébé mettra peut-être la main plus haut mais ce n’est pas grave, l’emplacement et le mouvement sont porteurs de sens et la maman va comprendre l’intention.

 Comment se déroulent vos ateliers ?

 

Magdalena Camardiel : En cinq séances de deux heures on découvre les signes, je donne des moyens mnémotechniques pour les mémoriser, je corrige les configurations des mains et nous faisons des petits jeux de rôle.

 

A la fin de chaque séance les mamans repartent avec des vidéos sur le vocabulaire que nous avons vu. Cela leur permet de réviser, de mettre en pratique et de partager avec leur compagnon et la fratrie entre chaque séance.

 

Dans le module de base qui permet déjà de fonctionner avec bébé au quotidien, il y a deux séances de deux heures pendant lesquelles on apprend 105 signes axés autour de la politesse, du sommeil, des repas, des personnes, de l’hygiène et de la propreté, des jeux et des activités, des moments de la journée, des vêtements, du bien-être et des émotions, du danger plus quelques mots utiles. Chaque séance est espacée d’une semaine. Pendant ce temps, les mamans peuvent regarder les vidéos qui font une à deux minutes par thème.

 

Il y a ensuite trois modules de perfectionnement de trois fois deux heures chacun pendant lesquels nous allons approfondir le modèle de base et ajouter des mots. Au total il y aura 300 signes, pour le programme complet. En complément j’ai également un module animaux et un module comptine.

 

Ce sont des ateliers en petit groupe de 5 personnes : comme je travaille la plupart du temps avec des mamans pendant leur congé de maternité et qu’elles ne sont pas loin du terme, faire de la voiture est difficile alors je forme des groupes sur un périmètre restreint.  Les mamans nous reçoivent chacune à leur tour.

 

300 signes, n’est-ce pas un peu beaucoup ?

 

Magdalena Camardiel : Une maman m’a dit un jour : « Ma fille a neuf mois, je signe avec elle mais elle ne réagit pas du tout ». Après avoir discuté avec elle il s’est avéré qu’elle s’était limitée à 4 signes pour ne pas surcharger son enfant : manger, boire, pipi, caca. Si l’enfant ne peut pas dire « Je voudrais qu’on me lise une histoire » ou « Je voudrais sortir au parc », on comprend que l’enfant ne soit pas très motivé ! Il faut aussi amener de l’intérêt, il faut élargir le corpus de vocabulaire.

 

Ne faut-il pas être très habile avec ses mains pour signer ?

 

Magdalena Camardiel : J’ai formé une maman qui n’arrivait pas à discriminer les configurations des mains. Ce n’est pas grave. L’important est de toujours signer un mot de la même façon, même si le signe n’est pas correct en soi: l’enfant va quand même associer le mot, le signe et le concept.  Cela va devenir, non pas de la LSB mais un code familial, ce qui importe c’est que l’enfant ait plus tôt un moyen de communiquer efficacement.

Quelle est la différence entre la LSF (Langue des Signes Française) et la LSB (Langue des Signes pour Bébés) ?

 

Magdalena Camardiel : Ce qu’on apprend aux bébés n’est pas la Langue des Signes Française, c’est du français signé c’est-à-dire qu’on va mettre des signes sur des termes français. Par exemple, si je veux lui dire « Est-ce que tu veux manger ? » je vais juste signer « manger ». Si je lui avais parlé en Langue des Signes Française je lui aurais dit « manger tu veux ?» et l’expression du visage adéquate. Quand il aura faim et qu’il pourra mobiliser ses mains, parce que son développement psychomoteur sera suffisant, il fera lui aussi le signe « manger ».

 

A la base, je suis linguiste et traductrice en langue des signes française. En général, la LSB est proposée sous la forme d’ateliers ludiques et ça m’ennuie un peu parce qu’on parle d’une langue. La langue, c’est ce qui structure la pensée et le cerveau et je trouve dangereux de dire que c’est ludique, c’est au contraire quelque chose de très sérieux.  Il est préconisé habituellement de commencer à signer à partir de 4 mois, c’est dommage. Entre 0 et 4 mois le bébé apprend, il regarde et on a perdu du temps.

 

La langue des signes est un outil fabuleux même pour les entendants et l’offrir au bébé le plus tôt possible est un très beau cadeau qu’on lui fait.

Propos recueillis par Florence

Magdalena Camardiel organise ses ateliers de langues de signes pour bébés à Toulouse et dans sa région.

 

Pour se joindre à un groupe ou en constituer un près de chez vous, vous pouvez la contacter :

 

contact-sos@orange.fr

http://servicesosignes.fr/

 

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