AMEL MIAOULIS, échanges de savoirs

Atelier conserves de légumes
Atelier conserves de légumes

Connaissez-vous Trade School Toulouse ? C'est un réseau collaboratif d'apprentissage et d'entraide basé sur un système de troc innovant. Vous avez des connaissances dans un domaine ? Venez les partager en échange d'un bien ou d'un service.

 

Échanger, oui, mais surtout créer du lien social et le renforcer en s'appuyant sur les nouvelles technologies. De l'innovation numérique au service de la vraie vie sociale, mais si, vous vous souvenez... celle qui n'est pas virtuelle... celle où l'on se rencontre et où l'on fait des choses ensemble..

Amel Miaoulis : L’idée m’est venue en janvier 2015. Mon mari a été muté à Toulouse et nous ne connaissions personne. Comme je travaille dans les nouvelles technologies, je me suis demandée comment il serait possible d’utiliser le numérique pour créer du lien social.

 

Aujourd’hui nous utilisons essentiellement les réseaux sociaux comme facebook.  En termes de communication c’est très bien mais pour créer vraiment du lien social, ça ne marche pas. Nous vivons dans une société de plus en plus individuelle et les gens ont du mal à créer du lien. Il faudrait donc créer un algorithme qui permettrait aux gens de se rencontrer en fonction de leurs intérêts.

 

L’idée c’est de permettre aux gens de se rencontrer, de partager des connaissances et de s’entraider. Vous avez par exemple envie de prendre des cours de cuisine mais vous ne savez pas que votre voisin a cette connaissance-là. Votre voisin a, lui, besoin d’un coup de main pour son déménagement ou il a besoin d’un objet particulier que vous pourriez lui prêter…

 

Transmettre ses connaissances n’est pas novateur, il y a des ateliers et des stages qui se font régulièrement et des associations comme le S.E.L qui organisent du troc mais ce qui me semble  judicieux c’est de faciliter la première étape, c’est-à-dire la mise en relation et ensuite la consolidation de ce lien.

Atelier Cookies
Atelier Cookies

La connaissance devient aussi une valeur d’échange ?

 

Amel Miaoulis : Oui, et c’est pour cela que l’on dit que cette démarche s’inscrit dans l’économie de la connaissance. Nous sommes en train de changer de paradigme de civilisation depuis que nous sommes entrés dans l’ère du numérique. Des personnes vont vous dire que c’est super et qu’il faut absolument rentrer de plein pied dans cette nouvelle ère mais il y a des problèmes d’éthiques et de nombreuses discussions sur ce sujet.

 

Si on ne permet pas aux gens de transmettre leurs connaissances, les gens seront de plus en plus isolés et de plus en plus ignorants. Aujourd’hui on nous fait croire qu’on nous donne accès à toutes les connaissances mais c’est faux : les connaissances deviennent de plus en plus complexifiées et le web est complètement pollué, il faut passer beaucoup de temps pour vérifier l’information. Si vous êtes mis en relation directement avec un ou plusieurs individus vous allez avoir une information beaucoup plus qualifiée et un apprentissage de plus grande qualité.

Atelier cosmétique naturelle
Atelier cosmétique naturelle

Vous êtes en association ou en entreprise ?

 

Amel Miaoulis : Nous sommes pour le moment en association mais nous avons créé une start up en totale innovation tant sur le plan sociétal que sur la  structure, dans laquelle nous sommes 4 personnes. Notre problématique principale : comment trouver un modèle économique ? C’est pour cela que nous avons été pris en charge par un incubateur Momentum à St Aubin dans le centre-ville de Toulouse pour nous aider à construire notre projet d’entreprise.

Vous avez déjà commencé à organiser des ateliers ?

 

Amel Miaoulis : Les premiers ateliers d’échanges de savoirs et d’entraide se sont déroulés en octobre 2015. Ils se sont très bien passés et nous avons continué. Aujourd’hui c’est un vrai succès, nous avons réalisé plus de 75 ateliers de transmission de connaissances et de troc avec environ 350  participants. Les participants peuvent accéder à tous types de connaissance. En contrepartie, ils s’engagent à répondre à une des demandes de l’animateur.

 

Nous organisons actuellement nos ateliers par le biais de la plateforme Meetup mais nous avons l’ambition de développer notre propre plateforme et c’est la raison pour laquelle nous avons lancé une campagne de crowdfunding  qui se termine fin juin. Nous avons besoin de 5000 € pour construire notre plateforme. Pour le moment nous avons récolté 3000 €.

Atelier yoga
Atelier yoga

Jusqu’à présent nous vivons sur nos fonds propres et nous avons mobilisé toutes les forces de l’intelligence collective pour pouvoir créer Trade School. Pour tout ce qui coûte cher : le logo, les vidéos, le design, la communication nous avons les ressources en interne dans notre réseau. Construire une plateforme coûte cher, même si nous avons des personnes qui peuvent nous donner un coup de main sur leur temps libre, il est tout de même nécessaire d’investir.

 

Vos ateliers se déroulent dans une salle particulière ?

Amel  Miaoulis :  Nous mettons en relation des animateurs, des participants et des lieux. Les ateliers se déroulent dans divers endroits de Toulouse et de ses environs partageant nos valeurs. Ce sont des lieux innovants, atypiques et inconnus du grand public. Chaque atelier est une surprise et une découverte du lieu pour nos adhérents.

 

Nous proposons huit catégories d'atelier : Savoir théorique, DIY, Informatique et numérique,  Art et culture, Développement personnel, Environnement et Développement durable, Gestion de projet. Nous adaptons l'atelier en fonction de sa thématique parmi la liste des 15 lieux partenaires.

Atelier Sophrologie
Atelier Sophrologie

Comment allez-vous pouvoir vous payer ?

 

Amel Miaoulis : Nos ateliers ne sont pas gratuits car il-y-a un système de troc entre l’animateur et les participants. Il n'y a donc pas d’échange monétaire même avec Trade School Toulouse. Nous ne demandons donc de participation financière à personne. Nous voulons développer des ateliers de transmission de connaissances et d’entraide au sein des entreprises et des collectivités locales. Par exemple du personnel de la mairie envers des citoyens,  ou d’un employé qui a un savoir-faire vers ses collègues. Nous serons rémunérés par la mairie ou l’entreprise et il n’y aura toujours aucun échange monétaire entre les animateurs et les participants.

 

Dans les grandes entreprises il y a plusieurs signaux d’alertes. Le premier est que les jeunes qui sortent des grandes écoles n’ont pas envie de rentrer dans un grand groupe, ils préfèrent intégrer une start-up, bien qu’ils sachent qu’ils toucheront un salaire bien moindre. Le recrutement est donc de plus en plus difficile. Le deuxième signal d’alerte est la démotivation : au bout de 2 à 5 ans le  salarié quitte l’entreprise. Ce turn over crée un déséquilibre dans les entreprises et joue sur le chiffre d’affaires. La cause de cette démotivation est principalement  l’ambiance au travail, le management, se sentir comme un robot, etc..

 

Nous pensons que rien ne remplace la richesse des relations humaines car elle permet d’améliorer la qualité de vie. Les entreprises commencent à le comprendre, elles veulent créer du lien social, favoriser le bien-être au travail, valoriser les compétences des salariés. Nous allons voir les entreprises et nous leur proposons ceci : « Nous allons vous créer un réseau social physique » et ça, ça leur plait beaucoup !

Propos recueillis par Florence

Amel et Mundhi, les deux pilotes de Trade School Toulouse
Amel et Mundhi, les deux pilotes de Trade School Toulouse

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