MYRIAM SMIR, transition alimentaire

Améliorer notre alimentation, nous l’avons tous fait à un moment ou à un autre mais remettre en cause notre modèle alimentaire occidental, c’est la réflexion que mène Myriam Smir, coach alimentaire.

 

Elle poursuit sa réflexion en proposant d'accompagner l’expérience de la transition alimentaire.

Myriam Smir : Le modèle alimentaire occidental d’aujourd’hui n’est plus adapté. Nous reproduisons sans trop réfléchir ce que l’on nous a enseigné au sein de notre famille. Nous suivons les impératifs de la publicité et des produits qui nous sont offerts.

 

Ce sont des pratiques que nous n’interrogeons pratiquement jamais. Nous faisons avec et lorsque nous allons voir un nutritionniste ou un diététicien, nous remettons en cause les quantités, les graisses, etc.. Mais nous ne nous posons pas de questions sur la globalité de notre modèle alimentaire.

 

Il y a beaucoup d’interrogations sur la viande, les laitages, le gluten,  bio pas bio, fruits, légumes, crus, pas crus, faut-il devenir végétarien ou végétalien ou encore végan ? Ces nouvelles pratiques ne rentrent pas dans le schéma de la nutrition classique. Les nutritionnistes actuels ont une formation qui n’a pas changé depuis les années 50. Ils diront toujours qu’il faut des féculents à chaque repas et trois laitages par jour… je caricature à peine ! Or, les produits alimentaires d’après-guerre ne sont plus les mêmes qu’aujourd’hui. Ils ont radicalement changés : on a opéré une sélection des espèces, il  y a de nombreux traitements sur chaque aliment. Au final, la chimie des ingrédients n’est plus du tout la même. On ne devrait plus parler de diététique et de nutrition de la même façon.

Les aliments ont changés mais nous, notre corps a-t-il changé ?

Myriam Smir : Les générations actuelles sont plus faibles que les générations précédentes. Cette année la courbe de l’espérance de vie s’est inversée pour la première fois. Les personnes âgées qui vivent parmi nous ont été nourries bio, à la maison, avec très peu de produits transformés industriels et avec de très faibles doses de sucre raffiné lorsqu’elles étaient enfant.

 

Les enfants qui naissent aujourd’hui - on le voit très bien et les statistiques le disent - sont souvent plus fragiles. Le nombre d’allergies, d’intolérances alimentaires a considérablement augmenté. La mère transmet à son enfant un  capital minéral et nerveux, c’est-à-dire la tonicité de son métabolisme. Mais elle ne peut pas donner plus que ce qu’elle a.

 

L’environnement pollué est aussi responsable de notre fatigue nerveuse et de la déminéralisation des sols. A force d’avoir dévitalisé et appauvri la terre par des pratiques agricoles aberrantes, les sols ne sont plus vivants : on n’y trouve plus ni champignon ni vers de terre.  C’est ce que nous enseigne notamment la permaculture.

Qu’est-ce que vous préconisez ?

Myriam Smir : Je n’ai pas de dogme, je ne dis pas « Surtout pas de lait !, pas de gluten ! pas de sucre !... », par contre j’explique que ce sont des aliments qui n’apportent rien. Le lait et le gluten dans les aliments transformés et modifiés ne sont plus adaptés à notre organisme.

 

Je préconise de lever le pied sur ces produits mais en expliquant pourquoi. C’est vraiment une prise de conscience dans son corps et non un dogme à accepter. Il faut que les gens fassent l’expérience et comprennent pourquoi ils font ce choix. 

 

Je parle de transition alimentaire parce qu’un changement d’alimentation se met souvent en place petit à petit. Il s’agit de faire évoluer sa culture alimentaire, de l’élargir, de l’enrichir. Je viens de voir passer une info que je trouve pertinente : 75% des aliments que nous mangeons proviennent d’à peine 12 espèces végétales  et 5 animales. Nous vivons sans le savoir avec des œillères qu’il faut lever. Et ainsi s’ouvrir et découvrir toute la richesse et la diversité de la palette comestible à notre disposition.

 

On va donc porter un regard critique et éclairé sur ses habitudes alimentaires et essayer de comprendre pourquoi le gluten, les laitages, le sel et le sucre industriels sont catastrophiques pour les organismes dans les quantités ingérés. Si on n’en prenait que de temps en temps ce ne serait pas grave. Dans la mesure où le corps est en forme il s’en débrouille et les évacue mais c’est la répétition qui pose problème, le fait que ce soit un modèle que l’on reproduise tous les jours, plusieurs fois par jour. Ces produits encrassent et empoisonnent l’organisme à petites doses.

Qu’appelez-vous les « produits blancs » ?

Myriam Smir : Le sel, le sucre, les céréales (à gluten surtout), et les laitages. Notre alimentation occidentale a une base de farine très importante : gâteaux, pâtes, pain et les industriels en rajoute en plus là où ce n’est pas nécessaire.

 

Les produits blancs ont une chimie inadaptée pour nos organismes. Pour le sel, il s’agit surtout de celui que l’on trouve dans les plats industriels en très grande quantité. On peut par contre utiliser le sel de la salière s’il n’est pas raffiné.

 

Parlez-moi du gluten

Myriam Smir : Le gluten est une glue qui vient se coller sur la paroi intestinale. Les chaines protéiques des blés actuels sont beaucoup plus longues que celles des blés anciens, cela rend la céréale plus indigeste pour nous. De ce fait elle reste beaucoup plus longtemps dans l’intestin. Or, le gluten a la capacité d’écarter les cellules de la paroi intestinale et de la rendre par conséquent hyper poreuse. L’intestin va alors laisser passer des grosses molécules qui ne devraient pas passer, notamment des protéines non digérées et cela met en alerte rouge le système immunitaire de façon chronique.

 

Une consommation régulière et importante de gluten, et de céréales en général, avec  le sucre raffiné, modifie la composition de la flore intestinale. Ce sont nos petits auxiliaires microbiens qui vont s’occuper de la digestion mais, à leur déverser toujours un même ingrédient, on va favoriser le développement d’un certain type de micro-organismes notamment les Candidas Albicans. Le Candida Albicans est un champignon qui se nourrit de sucre complexe et rejette des productions chimiques neurotoxiques. L’intestin étant notre 2ème cerveau, il est en communication directe avec notre cerveau principal, ces neurotoxiques vont donc perturber notre fonctionnement neurologique.

 

Malheureusement, les enfants y sont particulièrement  sensibles et tout le développement des « Dys » (dyspraxie, dyslexie, etc…) et la suractivité sont dus à une sur-sollicitation du système nerveux à cause justement d’une  trop grande consommation du cocktail gluten , sucres raffinés, pesticides et autres produits chimiques.

Le gluten donne envie de consommer plus de sucre ?

Myriam Smir : Les céréales vont favoriser un type de flore intestinale friande de sucre et nous allons entrer dans un cercle vicieux : le sucre appelle le sucre. Déjà que le sucre est addictif, en mangeant beaucoup de produits céréaliers  nous allons favoriser un terrain déséquilibré avec une flore intestinale spécialisée.

 

Une flore intestinale friande de sucres simples ou complexes, développe en parallèle une aversion pour tout ce qui est chlorophyllien (fruit et légumes frais). On renforce ainsi le cercle vicieux : les personnes sont de plus en plus attirées par les sucres complexes et rejettent de plus en plus fortement les produits non transformés, les végétaux, les fruits et les légumes.

Comme les enfants et les ados actuellement ?

Myriam Smir : Exactement, ils sont pris au piège dès la petite enfance par le sucre raffiné et ensuite par les pâtes, les pizzas, etc…

 

Le sucre c’est vraiment ma bête noire c’est à la fois une drogue et un poison. Le corps n’est pas prévu pour le sucre transformé. Nous sommes en train de tuer nos enfants avec ça. Obésité galopante, problème psychologie et hyperactivité, ces enfants sont en état de souffrance physiologique, leur système nerveux est titillé en permanence. Ils ont juste besoin qu’on leur fiche la paix, de repos et d’une alimentation qui ne vienne pas surexciter leur petit organisme.

 

Le sucre complet bio est-il tout autant négatif ?

Myriam Smir : Un peu moins parce qu’il est bio, mais à partir du moment où il est transformé cela « met le bazar » dans notre système de gestion de l’insuline. Il est préférable de rajouter du miel parce qu’il offre au moins des nutriments, ou du sirop d’agave ou d’érable. Ce sont des sucres naturels s’ils n’ont pas été chauffés.

Que pensez-vous du lait ?

Myriam Smir : Le professeur Joyeux résume bien ce sujet « le lait de vache c’est pour les veaux ! ». L’espèce humaine est la seule espèce adulte à consommer du lait. Chaque espèce animale a le lait qui lui convient. Physiologiquement, nous ne sommes pas faits pour cela et encore moins pour un lait qui ne vient pas de notre propre espèce. Le lait de vache fait prendre 300 kilos à un veau en moins d’un an et les veaux n’ont pas un développement cérébral très performant !

 

Avant la guerre, nous buvions du lait brut, cru. L’organisme d’un adulte ne peut plus digérer le lait. Le lait cru possède des micro-organismes qui effectuent un travail de prédigestion. Le lait cru n’apportait pas grand-chose, si ce n’est de la graisse dont nous avons besoin. Ces micro-organismes disparaissent pendant la stérilisation. Aujourd’hui la plupart des laits sont traités UHT (Ultra Haute Température), leurs molécules sont complètement fracassées. Ça s’appelle encore du lait mais ça n’en est plus. Il ne sert à rien à l’organisme et vient l’encrasser plutôt qu’autre chose. Le lait de chèvre ou de brebis est préférable pendant la période de transition.

 

Sans lait, plus de calcium ?

Myriam Smir : Comment font les vaches pour avoir du calcium ? Elles mangent de l’herbe ! On trouve du calcium bio-disponible, c’est-à-dire beaucoup plus adapté à nos organismes, dans les végétaux (les épinards, les amandes…) et c’est du vrai calcium. Notre organisme ne peut rien faire du calcium provenant du lait, il le considère comme un déchet ! S’il n’arrive pas à l’éliminer parce qu’il est fatigué ou affaibli, il va l’entreposer sur les articulations en attendant de l’éliminer. De là vont découler tous les problèmes articulaires inflammatoires et  l’ostéoporose. Les peuples du nord qui consomment le plus de lait sont ceux où il y a le plus de cas d’ostéoporose. En Asie, où l’on n’en consommait pas, il n’y avait pas d’ostéoporose.

Vous proposez une transition vers quelle alimentation ?

Myriam Smir : Il faudrait consommer des fruits, mais de vrais fruits sucrés. Le corps a besoin de sucre naturel, c’est notre carburant. Par exemple, beaucoup de gens mangent la banane verte, ce n’est pas adapté, il faudrait attendre qu’elle soit mure. Verte, elle contient du latex qui n’est pas digestible. Les fruits que l’on trouve dans le commerce n’ont pas assez de sucre parce qu’ils sont cueillis avant maturité. Comme ils ne renferment pas la dose nécessaire et nous allons donc chercher le sucre ailleurs.

 

Nos repas devraient se composer de légumes, d’œufs si on veut, de fruits à coque, de graisse végétale et animale. Il y a aussi toute la palette des épices et aromates. Cela peut paraître très restreint mais c’est parce que, culturellement, nous n’en avons pas l’habitude, nous sommes coupés de cet univers qui est pourtant plus riche que celui des produits blancs. Je rappelle ce que je disais au début : 75% des aliments que nous mangeons proviennent d’à peine 12 espèces végétales  et 5 animales.

Cru ou cuit ?

Myriam Smir : Ça dépend des personnes, de la santé de l’intestin qui peut être fragilisé ou enflammé. Idéalement, le cru est préférable parce que tous les principes sont bio-disponibles et non altérés.

 

Dès que la cuisson dépasse 42 ° les vitamines et les enzymes disparaissent et l’aliment est beaucoup moins riche en nutriments. Cependant, tout le monde ne peut manger cru. Il y a aussi d’autres modes de cuisson comme la vapeur douce qui permet de préserver les aliments et  la lacto-fermentation qui ramollit les fibres dures des légumes.

 

Bio ?

Myriam Smir : Plutôt bio et sans additifs chimique.

 Comment commencer cette transition ?

Myriam Smir : Chacun a son rythme mais on a tous la même chimie. J’interviens en proposant des consultations personnalisées. Tout dépend de la marge de manœuvre de chacun, des habitudes alimentaires de la personne, de l’état de santé, de l’histoire personnelle, de la culture, du tempérament, de sa résistance au changement. On peut trouver pour chacun une entrée dans la transition alimentaire, c’est là que j’interviens.

 

Vous proposez d’apprendre à comprendre ses besoins, comment fait-on ?

Myriam Smir : Les gens ne s’écoutent pas parce qu’ils donnent d’abord la priorité  à l’information externe, publicitaire, médiatique, à ce qu’on leur a toujours dit comme par exemple qu’il faut absolument manger le matin « on ne part pas le ventre vide ». Beaucoup de personnes n’ont pas faim le matin, si on n’a pas faim, il ne faut pas manger !. Il suffit d’apprendre à écouter ses ressentis et ses besoins et tester. Petit à petit on trouve ce qui convient.

Que faire avec le gras ?

Myriam Smir : Nous avons toute une culture sur le gras : les gens ont été assommés de messages contre le gras : « il ne faut pas trop en manger, ça bouche les artères », etc… Il y a des personnes qui suivent des régimes sans gras, c’est une catastrophe !.

 

Le gras est constitutif de notre organisme, le cerveau est gras, nos nerfs, nos productions hormonales sont faits à partir de graisse. Nous avons besoin de graisse dans notre régime alimentaire, évidemment de bonnes graisses ! : Du gras non transformé, non altéré, du gras végétal et du gras animal, éventuellement.

 

Du gras animal ! Et la viande ?

Myriam Smir : Nous sommes faits pour la viande,  mais là l’éthique rentre en ligne de compte et chacun fait ses choix. Dans ce monde stressant, très sollicitant, fatiguant, supprimer la viande et la graisse animale c’est se supprimer une ressource. L’animal a fait un travail de concentration des micro-nutriments et d’hormones dans sa chair et nous pourrions l’en remercier.

 

Je ne suis pas, bien sûr, pour l’élevage intensif : Un animal qui a été élevé en milieu carcéral, piqué aux antibiotiques, vivant dans un stress permanent va produire des toxines que l’on retrouvera dans sa chair et surtout dans sa graisse. Quitte à manger de la viande, on peut le faire moins souvent, on choisira de la viande bio d’animaux élevés dans des conditions respectueuses.

Quels bienfaits attendre de cette transition ?

Myriam Smir : Il n’y a pas que l’alimentation qui remet le corps en route vers la santé et le bien-être mais c’est un point de départ fondamental. Il faut aussi veiller à se ménager des périodes de vrai repos et éviter le stress. Il est difficile de changer ses conditions de vie au quotidien, on n’a pas toujours la main sur ses conditions de travail, de vie familiale, environnementale, par contre on peut changer son alimentation.

 

Une partie essentielle de mon travail est de mettre l'accent et le regard sur la fonction éliminative du corps. En nutrition, on parle toujours de ce qui entre, jamais de ce qui sort ! Pourtant, c'est ce flux qui est fondamental, qui nous permet de tenir debout malgré tout ce qu'on ingurgite d'inadapté. On parle de détox, oui. Mais j'explique beaucoup ce que cela signifie, afin qu'elle soit bien comprise et correctement mise en œuvre. C'est un axe clef de mon accompagnement.

 

La beauté de la transition c’est que le corps n’attend que ça ! Le corps sait ce qui est bon pour lui. C’est une machine intelligente et absolument merveilleuse. Malgré tout ce qu’on lui fait subir, il arrive à s’adapter et à nous tenir debout pour la plupart. Si la dictature de notre éducation, de notre mental lâche, si on laisse au corps la capacité de signaler ses besoins, si on lui donne les bonnes briques de construction, il n’y a pas d’efforts à faire, il va réenclencher de lui-même les processus régénérateurs.

 

Les besoins physiologiques de l’humain sont complètement en adéquation avec les besoins écologiques de la planète c’est ça qui est magnifique. Nous ne sommes pas faits pour les céréales et les sols ne sont pas faits pour la monoculture céréalière. La transition alimentaire amène la transition écologique et économique (on choisit les petits producteurs, ce qui fait revivre les territoires), cela produit une transition sociale (la relation à son environnement proche) qui induit une transition individuelle (un bien-être physique amène un mieux-être relationnel et individuel).

Tout est lié, c’est une spirale vertueuse !

Propos recueillis par Florence

Myriam Smir propose des consultations et des conférences pour accompagner la transition alimentaire à Toulouse. Elle propose également des rendez-vous par SKYPE.

 

http://www.myriamsmir.fr/

myriam.smir@gmail.com

 

Elle sera présente aux Journées de l’Humain du 19 au 21 mai 2017 au parc des expos de Toulouse

 

Conférence le 9 juin au nouveau restaurant bio de Toulouse Invita Fresh Food

 

Conférence Interactive « Habiter son corps Autrement » les 27 mai et 23 juin à Toulouse - Balma (la Mane)

 

Bientôt des ateliers de crusine rapide et facile, de jus et smoothies, pour tous les jours.

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Commentaires : 2
  • #1

    Camille (jeudi, 11 mai 2017 13:24)

    Article très intéressant. Ça donne à réfléchir sur le lait de vache et le gluten...

  • #2

    SUZY BLONDEL (jeudi, 11 mai 2017 16:16)

    Très bon article et très intéressant!
    Moi qui travaille avec des enfants souvent agités, pas concentrés, dysgraphiques etc... je ne manquerai pas de renvoyer les parents vers cet article.
    je commence à m'interroger sur le gluten et grâce à cet article, j'ai enfin compris pourquoi celui-ci est néfaste....MERCI!