EMMA GRILLET, accompagner l'anorexie

A l’âge de 14 ans Emma Grillet a connu la maladie de l’anorexie. Faisant depuis l’enfance une opposition à la médecine allopathique, il lui a fallu trouver d’autres moyens pour se soigner.

 

C’est grâce à ce travail réalisé dans le creuset de sa propre âme qu’elle propose maintenant des accompagnements aux personnes anorexiques allant bien au-delà des niveaux physique, émotionnel, mental et psychique. Elle y aborde notamment l’aspect psycho-généalogique et spirituel.

Emma Grillet : L’anorexie est une maladie mal connue que la médecine classique a du mal à appréhender. L’anorexie renvoie à la mort et la médecine se sent impuissante face à cela. Elle propose des isolements et des médicaments. Il y a des personnes qui guérissent de cette maladie de cette manière et d’autres pour qui ces méthodes sont insupportables. Nous pouvons distinguer différentes formes d’anorexie : Celle de la jeune fille, celle de la femme adulte, celle du bébé et celle du garçon. Toutes  différentes, leur causes sont sensiblement les mêmes.

La cause de l’anorexie pourrait être aussi transgénérationnelle ?

 

Emma Grillet : Beaucoup de non-dits et de tabous familiaux se transmettent de génération en génération jusqu’au jour où une personne de la famille les captent. Au poids de la culpabilité porté par la famille va se rajouter certains préjugés, jugements et conditionnements que la société actuelle génère.

 

J’ai accompagné une jeune fille anorexique dont son arrière-grand-père avait violé ses huit filles : Lorsque sa femme ne voulait pas accéder à ses désirs, il se « servait » de ses filles. Ces huit femmes avaient fait un pacte : Ne rien dire pour protéger les générations suivantes. En conséquence, les générations suivantes ont continuer à vivre des abus…dans le non-dits…par des personnes extérieures de la famille…

Faut-il toujours rechercher un viol ?

 

Emma Grillet : On retrouve des problèmes dans la sexualité des personnes qui connaissent l’anorexie. Il peut y avoir eu effectivement un viol mais cela peut être tout simplement des gestes mal interprétés. Ils ont pu se sentir envahis dans leur corps. Ils ont peur de la puissance sexuelle qui peut s’exprimer par exemple lors de jeux d’enfants qui n’ont pas été bien vécus.

 

A partir de là, l’énergie de leur identité de vie, de la construction de leur être va commencer à se tarir. La jeune fille va avoir envie de rester petite fille. Le jeune garçon également… Ajouté à cela, souvent il y a une éducation où les émotions sont inhibées, les conditionnements stricts et forcés : soit gentille ! tais-toi ! ne ries pas trop fort ! arrête de pleurer ! fais pas ta maline !... Il leur est inculqué qu’il n’y a pas de droit de vivre des états de colères, d’avoir des désirs, d’exprimer des besoins. A l’adolescence, le jeune aura des difficultés à incarner et assumer son corps se développant. L’issue demandée est d’être conforme aux normes…

 

Ces êtres sont doués et sensibles. Les anorexiques ont souvent de grandes capacités à comprendre et analyser ce qui se passe autour d’eux. Ils vont capter tous les non-dits entre les parents et les enfants et ce qu’ils voient n’est plus en accord avec ce qu’ils ressentent. Cette intelligence profonde alliée à leur hyper-sensibilité va les desservir. De plus, ils savent faire preuve d’une grande compassion, jusqu’à ne pas en vouloir à ceux qui leur font du mal. A cela s’ajoute une abnégation de soi les empêchant de se protéger.

Les anorexiques ne mangent pas pour que leur corps ne se développe pas ?

 

Emma Grillet : Un gros choc, peut couper l’appétit. Pour un anorexique, ce sont toutes ces émotions inhibées qui lui coupent l’appétit, il en est tellement rempli qu’il ne peut plus avaler de nourriture physique, il est gavée d’autre chose.

 

 

Certaines personnes réagissent en disant « Il y en a qui crèvent de faim et toi tu ne veux pas manger ! » ou bien « Tu n’as qu’à prendre une cuillère et la mettre dans ta bouche, c’est pas compliqué ! ». Si, c’est compliqué ; c’est comme dire à une personne dépressive « Tu n’as qu’à te lever de ton lit et ça ira mieux ». L’anorexique vit un grand sentiment d’impuissance vis-à-vis de ce qu’il vit. Il a honte et se sent coupable. Il sent bien qu’il fait souffrir son entourage, ce qui lui réveille encore plus de culpabilité.

C’est une épreuve aussi pour la famille….

 

Emma Grillet : Souvent l’anorexie se présente dans des familles qui sont très conditionnées, qui ont des principes. Tous les enfants sont élevés de la même façon : on fait les choses comme ceci, à tel âge il faut faire ça, etc... Il n’y a aucune remise en question du système.

 

Les jeunes anorexiques ne trouvent pas du sens dans le monde qu’on leur présente, ils ne parviennent pas à trouver leur place au sein de leur famille et ils ne veulent pas prendre leur place dans cette société qu’ils trouvent trop agressive. Ce modèle de société ne correspond pas du tout à leurs valeurs qui sont d’une grande noblesse, qui laisse une large place à l’amour et à la compassion.

 

Pour les jeunes filles, devenir une femme pose aussi la question de la relation à l’homme et par conséquent de la relation avec leur père. Le père est souvent absent, pas obligatoirement physiquement, mais dans ses sentiments, ses émotions. Il n’est pas présent pour l’accompagner en tant que femme dans sa sensualité et sa sexualité. La féminité n’est pas vécue pleinement dans la famille. Il n’y a pas d’acceptation des désirs et des besoins, pas de respect du corps et de respect de soi-même.

 

Les anorexiques ont-ils une plus grande sensibilité que les autres ?

 

Emma Grillet : Si chaque fois qu’ils expriment des besoins ou des désirs on lui dit que ce sont des caprices, ils ne peuvent déployer leur aspect féminin. Cette sensibilité qui devrait leur servir à développer leur potentiel intuitif, se retourne contre eux.

Comment se déroulent vos séances ?

 

Emma Grillet : Si la personne n’est pas majeure, je rencontre sa famille, si elle l’accepte. Il y a des familles qui ne sont pas ouvertes et qui ne veulent pas se remettre en question, des parents qui ne se sentent pas concernés et qui font porter la responsabilité à la personne qui porte la maladie.

 

Nous allons partager sur la dynamique familiale et tous ces non-dits, ces petites réflexions désobligeantes et humiliantes qu’ils émettent sans s’en rendre compte : à une jeune fille que j’ai accompagnée on disait souvent « tu es chiante à vivre » parce qu’elle avait du caractère. Ce genre de propos n’aide pas à construire l’estime de soi.

 

Après, en tête à tête, je prends le temps de parler longuement avec la personne afin qu’elle puisse exprimer tout ce qu’elle ressent et lui dire que tous ses désirs et tous ses besoins sont vrais, valides, qu’ils ont un sens et qu’elle a le droit de les vivre, qu’elle n’a pas à se sentir coupable.

 

Ce sont souvent des personnes qui ont une quête de la perfection et qui veulent par-dessus tout être aimées. Elles se sentent rejetées et incomprises. Elles sont très démunies par rapport à ce qui leur arrive, elles n’osent pas montrer cette vulnérabilité par peur d’être jugées. Je les aide à accepter « Je ne suis pas parfaite, j’accepte de ne pas être forte, je ne suis pas excellente en tout ». Ce n’est pas facile de lâcher ce sur quoi elles s’étaient construites.

 

Vous proposez aussi un travail psychocorporel ?

 

Emma Grillet : En effet, je propose aussi de la respiration consciente, des soins énergétiques, des massages…

 

On va tout d’abord travailler sur le corps, et, si la personne manifeste le besoin d’une quête spirituelle cela va s’ouvrir sur le transpersonnel afin qu’elles puissent retrouver un sens à leur vie.

En quoi consiste votre accompagnement spirituel ?

 

Emma Grillet : Je vais amener ces personnes à faire tout le travail de l’âme, de la mission d’âme. Nous chercherons pourquoi elles ont choisi cette incarnation, pourquoi l’âme revient avec cette épreuve, quel est le sens de cette maladie au niveau des vies passées et du transgénérationnel.

 

J’accompagne aussi dans un travail de reliance à la divinité. Il peut y avoir eu une rupture de la connexion issue d’une colère contre le plan divin et le contrat qui a pu être passé avant la naissance. La plus grosse blessure d’une personne anorexique est celle de la séparation, de la perte de l’unité avec l’origine, l’harmonie, l’amour inconditionnel, la Source. Il peut y avoir un « Non » à l’incarnation et nous allons travailler le « Oui ».

 

J’ai accompagné une personne qui avait perdu sa jumelle et était entrée dans l’anorexie suite à cette perte : La rupture de la gémellité avait réactivé la séparation primordiale. Nous sommes remontés jusqu’au deuil et à la colère face à la divinité.

Et pour la mission de vie ?

 

Emma Grillet : Nous allons aller à la rencontre de ce que cette personne a à faire dans cette vie. Ce n’est pas pour rien qu’une personne a une grande sensibilité, elle a une œuvre à mener avec. C’est grâce à ces potentiels qu’elle va exceller dans sa mission de vie ou dans les réparations qu’elle a à faire dans cette incarnation. Redonner un sens et reconsidérer ses potentiels est une source de connaissance et de richesse.

 

Chaque âme a des raisons de venir s’incarner. Prenons par exemple une personne qui a une âme d’éveilleuse de conscience. C’est tout à fait juste qu’elle se retrouve dans une famille où il n’y a pas de conscience puisqu’elle va être amenée à éveiller les gens, elle doit connaître tous les niveaux de l’être de l’inconscience jusqu’à la conscience. Si tout le monde était éveillé autour d’elle, elle ne pourrait pas comprendre le processus.

Tout ce que vous dites est bien loin de la cause qui a culpabilisé une génération de mères. On disait  « C’est la faute de la mère ! »

 

Emma Grillet : Ce n’est la faute de personne. En temps normal il y a un lien très particulier de fusion et de confusion entre l’enfant et sa mère et il peut y avoir des difficultés de séparation, de « dé-fusion », même si un enfant peut sembler détester sa mère en apparence.

 

Si la mère est un peu anxieuse, n’est pas épanouie, qu’elle nie ses émotions, ses besoins et ses désirs, l’enfant va le prendre sur lui dans le but de « sauver sa famille ». Il ne s’autorisera pas non plus d’accéder à ses besoins et ses désirs. Sur trois enfants d’une même fratrie un seul sera anorexique, c’est qu’il y a une disponibilité en lui, il ne vivra pas les informations comme ses frères et sœurs.

 

L’âme choisit sa famille et ses parents. Aucune maman qui a une fille anorexique ne souhaite consciemment lui faire du mal. Ce sont les tabous et les conditionnements qui créent ces situations. Personne n’a fait « exprès » mais dans notre société il faut toujours un coupable. Et il n’y a pas de coupable.  Tout le monde peut faire des erreurs mais aussi tout le monde peut s’excuser, demander pardon…

Propos recueillis par Florence

Après des études d’infirmière Emma Grillet a souvent animé des conférences sur l’anorexie où elle partageait son expérience. Elle a écrit « l’anorexie au sein de l’âme : soif de contact, faim d’amour ». Elle est devenue thérapeute et accompagne maintenant des personnes anorexiques et leur famille au sein de l’association « Être ».

Emma consulte à Condamnie (39570) à 5 mn de Lons le Saunier et à Champagne (39300)

www .emma-grillet.fr

contact@emma-grillet.fr

 

Thérapeute, Emma Grillet anime aussi des cercles de femmes, cercles de tantra, enseignement en soins spirituels par l’intuition de l’être,

Elle est l'auteur de plusieurs CDs de méditations guidées (en vente sur son site)

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