Corinne GINISTI : Cercles de femmes sauvages

Le féminin a toujours été au centre de la vie de Corinne Ginisti. Pendant le travail thérapeutique dans lequel elle s’était engagé, elle a pris conscience qu’un aspect du féminin, la « femme sauvage » n’était ni pris en compte ni valorisé.

 

Elle a alors suivi des stages pour aller plus loin dans cette dimension plus archaïque mais combien plus intuitive afin de devenir une femme plus « vivante ».

Corinne Ginisti : J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler entre femmes. Il y avait quelque chose qui me redonnait confiance en moi, qui m’éveillait à cette façon typiquement féminine d’appréhender  le monde et qui n’est pas du tout évidente à partager en dehors d’un cercle de femmes. Je me suis alors formée pour acquérir les bases de l’animation de cercles de femmes

D’où viennent les « cercles de femmes » ?

Corinne Ginisti : Ils s’appuient sur la tradition perpétuée par les femmes dans certaines tribus du Pakistan, de l’Inde, d’Amérique du nord et du sud dans le passé.

 

Quand elles avaient leurs règles, souvent au moment de la nouvelle lune (qui correspond à l’énergie des règles dans la nature), ces femmes avaient la possibilité de s’extraire de leur vie quotidienne et de se retirer pendant trois jours dans des « tentes rouges ». C’était peut-être  aussi une façon de les mettre à l’écart quand elles saignaient parce que cela faisait peur aux hommes.

 

Elles se retrouvaient donc ainsi regroupées, tous âges confondus. Elles avaient le temps de parler entre elles et à cette occasion, les plus âgées initiaient les plus jeunes aux  étapes de la vie des femmes, et ensemble, elles discutaient du sort de la communauté.

 

Elles partageaient leurs joies et leurs peines et étaient soutenues par le groupe. C’est le lien féminin, la solidarité qui donne accès à cette dimension féminine qui nous dépasse, à ce principe qui soutient la vie et qui est le ciment de la communauté.

Que veut dire être une « femme sauvage » ?

Corinne Ginisti : C’est Clarissa Pincola Estes qui a mis en exergue cet archétype féminin il y a une quinzaine d’années dans son livre « Femmes qui courent avec les loups ».

 

Clarissa est à la fois une psychanalyste Jungienne et une conteuse-chamane. Dans ce livre, elle raconte différents contes qui proviennent du monde entier et qui évoquent la maturation de la femme tout au long de sa vie.

 

Chaque conte est ensuite analysé par rapport aux archétypes qu’il met en lumière, selon les concepts Jungiens et selon la compréhension chamanique de ces mêmes phénomènes intérieurs.

 

Selon Clarissa Pincola Estes la femme a besoin de sortir de la place que la société lui réserve et de se connecter à ses véritables désirs, passions, instincts. Pour elle, l’un des moyens qu’elle peut  utiliser pour reprendre les rênes de son propre destin est de se connecter à la nature.  La femme est davantage reliée à la terre que l’homme parce qu’elle est elle-même porteuse de vie et  traversée par des cycles de fertilité. Sa guérison passe alors souvent par sa reconnexion aux éléments naturels, comme un chemin vers la reconnaissance et la ré appropriation de sa propre nature profonde.

 

Retrouver la femme sauvage en soi c’est être en lien avec ses instincts

à la fois de création et de vie.

 

La femme sauvage est un archétype un peu moins « socialement correct » mais tellement plus vivant. Cela dit nous n’avons pas besoin (forcément ..!) de courir nue dans les champs la nuit à la pleine lune pour être en contact avec la femme sauvage en nous ! mais il y a un tri à faire en prenant conscience de ses désirs, de ses choix, en s’occupant de sa créativité, en ayant des projets, en retrouvant sa vraie force de vie. C’est la même capacité féminine qui permet de mettre au monde un enfant ou de réaliser un projet.

Que faites-vous pendant un cercle de femmes ?

Corinne Ginisti : Nous nous retrouvons toutes les semaines dans la "grotte des femmes", une salle voûtée très intimiste.

 

A la Nouvelle Lune je propose une tente rouge, pendant laquelle nous avons des temps de parole, mais je propose aussi d’autres formes de Cercles durant lesquels nous accomplissons des rituels, ou nous fabriquons des objets pour retrouver le lien avec notre capacité féminine de créer et de se préoccuper à la fois de la beauté et du quotidien.

 

Toutes les rencontres commencent  par poser un petit rituel pour signifier que l’on change de réalité, comme allumer une bougie ou chanter une petite mélodie avec un tambour en disant son prénom. Dans les Cercles de Sons, nous nous accordons un temps de méditation avec des bols tibétains afin de descendre dans notre cœur et entrer en contact avec une parole authentique.  Dans les Cercles, la parole est libre mais dans le cadre d’un thème autour du féminin. 

Quel est l’attitude du groupe lorsque l’une d’entre vous s’exprime ?

Corinne Ginisti : Le principe de base c’est que l’écoute des autres est ressourçante, apaisante. Ecouter, et être écoutée, être présente à l’autre, la respecter c’est le principal, il n’y a pas à en rajouter.

 

Si l’une d’entre nous a quelque chose qui lui semble vraiment important à partager, elle parlera à partir de sa propre expérience (le « je… », plutôt que le « Tu..»), sans commenter ce qui vient d’être dit.

 

Quel genre d’objets fabriquez-vous ?

Corinne Ginisti : Nous avons fabriqué dernièrement un «sac médecine ». C’est une pochette dans laquelle on a déposé différents éléments, plantes, objets, symboles, pierres, afin de soutenir notre force féminine. Ce sac de tissus ou de cuir est en résonance avec notre utérus, et les éléments qu’il contient soutiennent notre matrice. En janvier nous avons fait un « bijou d’intention » avec des cristaux, pour nous rappeler notre intention pour l’année. Nous avons réalisé aussi un bâton de parole et une huile de massage avec des huiles essentielles en lien avec le féminin.

Pouvez-vous nous décrire un rituel ?

Corinne Ginisti : Nous avons fait par exemple un rituel pour fêter nos premières règles et célébrer ainsi le passage de la petite fille à la femme. Chacune a raconté comment cela s’était passé pour elle lorsqu’elle était adolescente.

 

Nous avons pu mettre en mots les croyances négatives qui étaient restées ancrées en certaines comme par exemple l’idée qu’être une femme pouvait être dangereux face aux hommes, que les règles étaient sales et que nous devions en avoir honte…

Selon l’enseignement véhiculé par Miranda Gray, avoir ses règles n’est pas seulement accéder à la capacité d’être mère, c’est entrer dans le monde des femmes qui vivent les quatre phases du cycle féminin  en lien avec celles de la lune et qui correspondent aux quatre archétypes ayant chacun une énergie différente : La femme traverse ainsi chaque mois les énergies de la jeune fille juste après les règles, la mère pendant l’ovulation, la magicienne au cours de la phase prémenstruelle et enfin la femme sage pendant les règles.

 

En partant de là, j’ai proposé à chaque femme de réaliser un objet symbolique avec des éléments colorés qu’elle offrirait à une autre femme du cercle. Puis, nous nous sommes mises en cercle et nous avons chanté avec le tambour. Les femmes qui s’étaient fabriqué mutuellement un objet symbolique se plaçaient au milieu et se parfumaient l’une l’autre avant de s’offrir l’objet ; tandis que tout autour nous chantions une mélodie dont les paroles célébraient la petite fille devenant femme.

 

Quand tout le monde est passé, nous avons dansé puis bu une tisane et mangé un chocolat. Nous avons ainsi associé la musique, les couleurs, la symbolique, la sororité, tous les sens pour célébrer le féminin qui avait émergé dans chacune des femmes présentes.

Les rituels font partie de la vie des femmes depuis toujours. Ils nous aident à être en lien avec les cycles de la vie, ils nous rassurent, nous relient aux autres, nous permettent d’accueillir et de reconnaître les forces sacrées et ancrées dans la matière,  présentes en eux.

Quelle est la nature de la relation entre une femme sauvage et les hommes ?

Corinne Ginisti : Certains hommes croient que les femmes se réunissent pour dire du mal des hommes. Pour moi, il n’y a pas de rejet du masculin. Se rencontrer entre femmes, C’est une façon de replonger ses racines dans la réalité de notre différence. L’objectif est de devenir une femme plus forte, plus épanouie pour rencontrer des hommes plus forts, plus épanouis. Être forte ce n’est pas être autoritaire, c’est être tranquille avec soi. On peut être plus douce quand on est plus forte.

 Propos recueillis par Florence

Corinne Ginisti propose ses Cercles de femmes sauvages près de Lyon

 

Facebook : Lumina Femme

 

larbrequidanse69@gmail.com

 

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