ACCOMPAGNER LA VIE

Beaucoup d’entre nous ont vécu leur grossesse comme une période difficile et leur accouchement comme une épreuve, un moment de souffrance, oublié très vite il est vrai, une fois que l’on contemple cette petite vie qui frémit sur notre ventre.

Pourrait-on vivre ces moments dans la conscience, le respect et la joie ? J’ai rencontré Cathy Cubeau, accompagnante à la naissance et formatrice dans cette discipline en première année à l’Institut AMA.

Pourquoi avoir choisi de devenir accompagnante en périnatalité ?

Cathy Cubeau : J’étais enseignante spécialisée dans l'aide rééducative au sein d'un R.A.S.E.D (1). En travaillant avec les enfants en difficulté et leurs parents, je percevais l’insécurité de l’enfant et chez les parents, la difficulté à répondre à la demande de leur enfant. Des liens parents/enfant mal construits ou difficiles à construire. Des vies qui débutent mal...

J’ai compris qu’il fallait prendre le problème à la base : c’est dès la vie intra-utérine que se tissent les liens familiaux, c’est lorsque la femme est enceinte qu’il faut traiter les peurs des parents, c’est aussi le moment d’inclure le père dans le processus.

Lorsque j’avais 25 ans je ressentais en moi un puissant non-désir d’enfant alors que j’avais parallèlement un regard très aimant sur eux. Je ne comprenais pas et cela m’a amené à consulter le Docteur Martine Savès qui avait créé à l’époque l’association Les Enfants d'Illythie (la déesse grecque de l'enfantement). En une séance, les choses ont repris leur place : ce non-désir ne m’appartenait pas. Cela m’a libéré.

J’ai trouvé tant d'évidence et de compréhension dans la démarche de cette femme que je m’étais promis de revenir vers elle lorsque je serai enceinte. Ce qui s’est produit en 2002. Elle m’a orienté vers Sabine Mousson qu’elle avait formée à l’accompagnement en périnatalité et qui habitait près de chez moi. Cet accompagnement a été pour moi très important.

Moi qui avais une vision très mécanique de la grossesse et du corps de la femme, j’ai été happée par la révélation de la vie !

Mon accouchement a été un grand moment. Je peux dire qu’il y a eu un avant et un après.

Ça a été une rencontre avec moi-même - avec la femme que je n’étais pas encore - par la puissance du ressenti, la certitude bien ancrée que j’avais toujours su faire cela, que c’était le sens de la vie, que j’étais venue pour ce moment-là. Il était très important que je ressente les contractions : que je sente que l’enfant venait au monde. Accueillir, offrir la vie, honorer la vie c’est quelque chose de très puissant, de très beau…

De là est née véritablement mon envie d’accompagner la vie et je me suis formée à la Santé Humaniste à l’institut AMA avec une spécialisation en accompagnement émotionnel puis en périnatalité.

Comment se passe un accompagnement?

Cathy Cubeau : Je rencontre les parents à partir du 3ème mois de grossesse et l’on se retrouve tous les mois. Nous travaillons sur des thèmes en lien avec la grossesse et la naissance : les peurs, les images que l’on peut plaquer sur l’accouchement (par exemple le terrible « tu enfanteras dans la douleur » de la Bible).

 

Il y a aussi les mémoires d’abandon, de trahison, la place du père – pour que le père puisse prendre sa place, il faut aussi que la mère lui en laisse l’espace - la place de la fratrie si elle existe et son acceptation ou non de cette naissance à venir. Chacun s’exprime et tout est pris en compte.

 

Nous revisitons également l’histoire des deux familles, la relation des futurs parents avec leurs père et mère, les souvenirs de leur propre naissance. Le travail proposé a pour objectifs de pacifier ces mémoires, de permettre aux parents d'accéder à leurs pleins potentiels.

Et pour le bébé lui-même ?

Cathy Cubeau : La Santé Humaniste utilise un outil très puissant d’interaction avec l'inconscient du bébé et de ses parents, c’est la prise du pouls de Nogier (2). Grâce à cela, on peut établir un véritable dialogue avec le bébé et mesurer son niveau de bien-être et de santé. Un bébé encore dans le ventre de sa mère ressent non seulement des émotions, mais tout son environnement et il a besoin de comprendre ce qu'il se passe autour de lui.

Je pratique en général un test en début puis en fin de séance. Je peux être amenée à utiliser également la digitoponcture pour fluidifier la circulation énergétique.

Pour vous donner un exemple, j’ai accompagné une femme enceinte de jumeaux. Peu avant l’accouchement l’enfant qui se trouvait le plus bas se présentait par le siège et interdisait le passage à l’autre. On envisageait une césarienne.

Grâce à la prise du pouls de la mère, je suis entrée en contact avec cet enfant. Il ressentait une grande peur : ses parents allaient-ils pouvoir accueillir deux enfants ? Cela le poussait à vouloir naître en premier par instinct de survie.

J’ai alors proposé aux parents de s’adresser directement à leur futur bébé, à le rassurer : « Il y a de la place pour tous les deux, nous nous sommes préparés à cela. Il y aura autant d’amour et de place pour chacun de vous. » Ils lui ont ensuite expliqué comment ils s’étaient préparés. Puis ils se sont adressés au deuxième : « Tu as le droit de vivre, nous t’aimons et nous t’attendons ».

Le lendemain, le bébé qui se présentait par le siège s’était retourné et l’accouchement s’est déroulé dans de très bonnes conditions.

Lorsqu’on ouvre la porte, lorsqu’on écoute, accueille et comprend ce que le symptôme a à dire, la situation se transforme parce que le symptôme n’a plus de raison d’être.

Êtes-vous présente lors de l’accouchement?

Cathy Cubeau : Si les parents le souhaitent, oui, présente discrète et bienveillante, disponible seulement si l’on a besoin de moi.

Une naissance est un passage initiatique, très beau et très fort, une opportunité de pacifier beaucoup de choses en nous ; une belle occasion pour la femme de retrouver et de vivre pleinement sa puissance de femme. Il y a la douleur bien-sûr mais on peut la vivre autrement que dans la souffrance : ne pas se laisser happer par elle, revenir à l’enfant, l’accompagner. C’est une aventure qui se joue à trois, la mère, le père, le bébé. Le lien se construit aussi à ce moment-là.

Toutes les naissances que vous accompagnez se passent donc très bien ?

Il faut lâcher l’idée de l’accouchement idéal. Un enfant naît avec des mémoires karmiques et transgénérationnelles. Chacun arrive sur Terre pour vivre et accomplir quelque chose de particulier. Si l’enfant a besoin de naître par césarienne, c’est peut-être qu’il a besoin de se faire prendre en charge… On comprendra le sens après.

Après, il y a aussi le soin Rebozo…

Cathy Cubeau : Le Rebozo est une écharpe en coton extensible qui accompagne les femmes mexicaines à diverses occasions de leur vie : pour soutenir le bassin pendant la grossesse, pour impulser un mouvement et par exemple inciter le bébé à changer de place alors qu’il est encore dans le ventre, pour le porter une fois né et enfin pour le soin Rebozo qui a lieu après la naissance.

C’est un soin de 2/3 heures proposé après l’accouchement pour dire au revoir à la grossesse et permettre à la femme de retrouver son corps de femme. Fermer un vécu pour s’ouvrir au renouveau.

Il se réalise en trois phases :

* Un enveloppement-toucher à 4 mains aux huiles, des pieds à la tête : deux femmes qui s’occupent d’une troisième. Cela permet de relâcher le mental et de mettre de côté le quotidien.

* Une montée en chaleur en hutte de sudation, ou dans un bain chaud aux plantes, ou encore en hammam, pour détoxiner le corps et évacuer les émotions si besoin.

* Un serrage avec le fameux Rebozo qui permet une mise en axe du corps, y compris le bassin qui a beaucoup bougé lors de la grossesse et de l'accouchement (depuis la tête jusqu'aux pieds), pour se recentrer dans l’incarnation, pour pouvoir renaître dans son corps de femme.

Le soin Rebozo est également proposé pour chaque étape que nous traversons dans notre vie de femme : puberté, ménopause, changements de travail, séparation, déménagement...

 Florence

1) R.A.S.E.D. : Réseau d'Aides Spécialisées pour les Elèves en Difficulté : structure interne à l'Education Nationale, composée d'enseignants spécialisés dans l'aide pédagogique, rééducative et psychologique.

2) Pouls de Nogier : réflexe neuro-vasculaire qui porte le nom du Dr Paul Nogier, père de l'auriculothérapie. Il fait le lien entre la pulsation du pouls radial et une information donnée comme les émotions notamment.

Cathy Cubeau est praticienne en Santé Humaniste et accompagnatrice en périnatalité depuis 2012 à Prades (81220)  cathy.cub@hotmail.fr – 06 30 69 92 09.

 

Elle est formatrice à l’Institut AMA à Fontenilles 31470 www.institutama.net

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